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Le développement des jeunes enfants prend place dans le contexte des familles et des communautés et se produit à partir des expériences et des environnements quotidiens auxquels les enfants sont exposés dès leur jeune âge. Dans le train-train quotidien s’établissent les connexions des circuits propices à l’apprentissage et à l’adoption d’un bon comportement et de saines habitudes qui dureront tout au long de la vie et qui sont inextricablement liés au développement de l’enfant tout entier.
L’apprentissage des jeunes enfants à la portée de tous dès aujourd’hui5
L’Étude sur la petite enfance6 réalisée en Ontario en 1999, qui a popularisé la science du développement de la petite enfance, recommandait que les politiques gouvernementales misent sur ce stade critique de la vie en offrant des programmes de qualité à tous les jeunes enfants et à leurs familles.
Depuis, des projets tels que First Duty à Toronto, Schools Plus en Saskatchewan, Community Schools en Australie-Méridionale, Children’s Centres à Victoria (Australie) et au Royaume-Uni ont utilisé cette vision pour regrouper et étendre les programmes existants visant les enfants, offerts dans des carrefours de services à l’enfance et à la famille. Leurs innovations documentées constituent de précieux enseignements et encouragent l’expérimentation avec de nouveaux modèles de prestation de programmes ailleurs.
Au cours des dix années qui se sont écoulées depuis la publication de cette étude, nous avons assisté à une croissance explosive de la science du développement de la petite enfance. Les nouvelles recherches montrent que les voies biologiques développées pendant la petite enfance ont une incidence sur la santé, le bien-être, l’apprentissage et le comportement tout au long de la vie. La science indique fermement qu’un engagement gouvernemental envers l’amélioration du développement des enfants, lorsqu’il est bien géré, aura un effet transformateur sur le plan social et économique.
Une telle réalisation nécessite des décisions judicieuses en matière de conception de programmes et de systèmes ainsi que des investissements publics dans la petite enfance qui se comparent à ceux effectués dans l’éducation élémentaire et secondaire.
Le Conseil canadien sur l’apprentissage abonde dans ce sens : « (...) ouvrages de recherche révèlent que les expériences des enfants pendant les cinq premières années de leur vie auront une incidence durable sur leur réussite ultérieure à l’école, au travail et dans de nombreux autres aspects d’une vie saine et satisfaisante »7.
Le lauréat du prix Nobel et économiste James Heckman remarque qu’à l’âge de cinq ans, d’importants écarts existent entre les enfants sur le plan des apprentissages et a montré, avec une précision déprimante, la façon dont on repère les enfants qui termineront leur secondaire et ceux qui ne le termineront pas. Il montre du doigt d’autres indicateurs précoces, notamment le degré de motivation, la stabilité affective, la maîtrise de soi et la sociabilité qui persistent d’une génération à l’autre. Une étude récemment publiée aux États-Unis par le cabinet McKinsey and Company indique que ces genres de brèches dans la réussite sont [traduction] « l’équivalent d’une récession nationale permanente »8.
[Traduction] L’investissement dans l’apprentissage des jeunes enfants est crucial pour assurer la qualité de notre main-d’œuvre d’aujourd’hui et de demain. L’apprentissage des jeunes enfants constitue la voie la plus rentable pour accroître la productivité de notre système d’éducation.
Len Crispino, Ontario Chamber of Commerce, 2009
Les possibilités d’apprentissage qui complètent l’environnement d’apprentissage familial font vraiment une différence. Les bénéfices se répercutent sur la santé économique et financière d’une collectivité. Ils se font également sentir sur le plan de la santé, de la sécurité et de la vitalité des quartiers en offrant des « centres d’accueil » à l’intention de tous les jeunes enfants et de leurs familles, contribuant ainsi à réduire l’isolement et l’exclusion, qui sont souvent le lot des communautés défavorisées.
Pour les responsables des politiques qui s’inquiètent de la stabilité démographique et des difficultés économiques connexes, le vaste accès à des programmes de qualité pour la petite enfance est associé à des taux de natalité à la hausse et à une baisse de la mobilité de la population.
| SSE basse | 31,9 % |
| SSE modérée | 29,1 % |
| SSE moyenne | 23,1 % |
| SSE élevée | 13,7 % |
[Traduction] L’harmonie sociale, des écoles de qualité appuyées par des possibilités d’apprentissage efficaces pour nos plus jeunes enfants, ainsi que des services publics de qualité soutiennent la stabilité économique.
Toronto Board of Trade, 2009
Plusieurs études10 ont étayé la racialisation et la féminisation de la pauvreté infantile et familiale et conclu que les enfants qui vivent dans la pauvreté sont :
Les programmes visant la petite enfance qui contribuent à compenser les lacunes du milieu de vie et du milieu communautaire tout en favorisant le travail des parents ou le développement de leurs compétences professionnelles sont très efficaces pour réduire le taux et l’ampleur de la pauvreté familiale.
Les chercheurs canadiens ont également démontré que si les programmes d’apprentissage préscolaire efficaces revêtent une importance cruciale pour certains enfants, ils sont bénéfiques pour tous les enfants. Les enfants vulnérables ne se trouvent pas seulement dans les familles à faible revenu. En effet, plusieurs « vulnérabilités » ne sont pas liées au revenu. Leurs analyses révèlent que la majorité des enfants vulnérables, soit plus de 60 pour cent, vivent dans des familles de niveau modéré, de la classe moyenne ou des familles aisées11.
Bien que la pauvreté soit associée à certains risques chez les jeunes enfants, les politiques qui ne visent que les collectivités défavorisées passent en fait à côté de la majorité des enfants vulnérables. Il est prouvé qu’une approche universelle de prestation de programmes intégrant des initiatives visant à réduire la pauvreté contribue à amplifier les bienfaits sociaux, économiques et scolaires.
Deux grandes études récentes portant sur deux sujets très différents ont désigné l’investissement dans la petite enfance comme étant un facteur précurseur fondamental du progrès économique et social. Le rapport L’Ontario à l’ère de la créativité de Roger Martin et Richard Florida, recommande ce qui suit : « Donner un degré de priorité élevé au développement de la petite enfance. Il s’agit là de l’investissement le plus rentable que nous puissions faire pour assurer notre prospérité à long terme »12.
Le rapport Causes de la violence chez les jeunes, de Roy McMurtry et Alvin Curling, indique que : « Vu le rapport qui existe entre les problèmes de littératie non décelés et les problèmes de comportement qui se manifestent tardivement au cours de la vie, notamment l’incarcération dans bien des cas, les programmes d’éducation efficaces peuvent jouer un rôle de premier plan dans le dépistage et la prévention »13.
Les données probantes issues des recherches documentent les bienfaits économiques qui découlent des investissements gouvernementaux dans les programmes visant la petite enfance :

Une importante source de bienfaits pour le capital humain est attribuable au lien entre la participation à des programmes de qualité pour la petite enfance et le niveau de scolarisation futur. Une étude de l’Université Rutgers a démontré que la fréquentation régulière de programmes d’apprentissage des jeunes enfants à temps plein accroît de manière substantielle les notes obtenues aux tests d’expression orale et de mathématiques en première année et par la suite20.
Les résultats des études canadiennes corroborent ceux des études américaines : les programmes d’apprentissage des jeunes enfants à temps plein favorisent la réussite de la transition vers la scolarisation officielle21. Les enfants participant à des programmes à temps plein ont obtenu de meilleurs résultats scolaires et un plus grand succès social lors de l’entrée en première année que les enfants qui fréquentaient des programmes d’une demi-journée.
Il y a de plus en plus de données qui montrent que les investissements qui visent les plus jeunes citoyens du Canada sont parmi les investissements des contribuables qui offrent le meilleur rendement. Chaque dollar dépensé pour garantir un bon départ au cours des premières années d’existence permettra de réduire les coûts à long terme associés aux soins de santé, aux toxicomanies, à la criminalité, au chômage et à l’aide sociale. De plus, les enfants canadiens deviendront des adultes plus scolarisés, mieux adaptés et plus productifs.
Dr David Butler-Jones, administrateur en chef de la Santé publique au Canada22
L’obligation d’agir se fonde sur les données probantes présentées ci-dessus. Les recommandations contenues dans le présent rapport sont guidées par les recherches qui documentent les composants de la réussite dans les programmes d’apprentissage des jeunes enfants faisant partie d’un cadre stratégique complet visant l’enfance et la famille.
Quelle que soit la perspective adoptée, l’investissement stratégique dans la petite enfance que je recommande produit d’énormes dividendes pour la réussite et le bien-être des individus et de notre société. En termes simples, aucun investissement n’est plus judicieux pour assurer notre meilleur avenir.
Chapitre 1 : Une vision de la petite enfance pour l’Ontario
Chapitre 2 : Bref survol des données et des éléments probants
Chapitre 3 : L’apprentissage à temps plein : abandonner les mesures disparates
Chapitre 4 : Financer notre meilleur avenir
Chapitre 5: De la parole au geste
La pluralité derrière la paternité de ce rapport
20 Barnett, W., K. Jung, V. Wong, T. Cook et C. Lamy (2007). Running Ahead: Effects of Five State Pre-kindergarten Programs on Early Learning. New Brunswick, NJ: National Institute for Early Education Research. Barnett, S. (2008). Preschool Education and Its Lasting Effects: Research and Policy Implications. Boulder and Tempe, AZ: Education and the Public Interest Center & Education Policy Research Unit. Peut être consulté à http://epicpolicy.org/publication/preschool-education.
21 Par exemple : da Costa, J. L. et Bell, S. (2001). A Comparison of the Literacy Effects of Full Day vs. Half-day Kindergarten. Présentation à la réunion annuelle de l’American Education Research Association, Seattle; da Costa, J. L. et S. Bell (2000). Full Day Kindergarten at an Inner City Elementary School: Perceived and Actual Effects. Présentation à la réunion annuelle de l’American Education Research Association, Nouvelle-Orléans. Herry, Y., Maltais, C. et Thompson, K. (2007). Effects of a full-day preschool program on 4-year-old children. Early Childhood Research and Practice, vol. 9, no 2. Consulté le 23 mars 2008. http://ecrp.uiuc.edu/v9n2/herry.html.