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[Traduction] Apprendre c’est travailler. Le perfectionnement professionnel dans des ateliers de travail et des cours n’est qu’un aspect de l’éducation permanente. Ce perfectionnement se produit lorsque la culture du milieu scolaire appuie l’apprentissage quotidien des enseignants et des éducateurs de la petite enfance qui s’améliorent sans cesse.
Michael Fullan62
Tellement de personnes m’ont demandé pourquoi il a fallu attendre aussi longtemps avant de s’organiser pour aider la petite enfance. J’ignore la réponse mais j’ai entendu de nombreuses théories au cours de mes consultations. En voici quelques-unes. Les titres sont de moi, mais les citations sont celles de personnes qui ont exprimé des avis et traduisent la pensée de nombreuses autres.
Gouvernance imprécise : « À Queen’s Park ou dans la communauté, aucun organisme n’a la responsabilité de diriger le changement; la démarche est importante en soi, mais sans leadership responsable, elle ne conduit à rien. »
Raidissement des catégories : « Trop d’éléments législatifs allant en tous sens nous obligent à remplir de nombreux formulaires budgétaires au lieu de concentrer nos efforts sur les services, et empêchent d’apporter certains changements essentiels pour mieux servir les enfants et leurs parents. »
Le poids de la tradition : « De nombreuses personnes de ma collectivité s’attachent sincèrement à une meilleure coordination des services, mais leur action se trouve entravée par leurs propres traditions. La table Meilleur départ est une plate-forme permettant à chacun de tenir l’autre à l’oeil, de défendre son territoire et d’empêcher tout changement autre que marginal. »
Politiques à court terme : « Peut-être que le problème se ramène à une tendance à simplifier exagérément les situations complexes en période électorale, ce qui empêche de régler sur un plus long intervalle les détails de la mise en oeuvre. Trop souvent cela transforme de grands enjeux politiques comme l’éducation et la santé en terrain de football. Il faut prendre une approche non partisane pour faire les bons choix en vue de provoquer un changement. »
Ressources nécessaires au changement : « Il est bien de disposer de plus d’argent, mais l’argent n’est pas l’obstacle fondamental si les ressources existantes ne sont pas utilisées efficacement. Il faut de l’argent pour la transition et des stimulants pour changer notre façon de faire. »
20. À compter de 2012, de concert avec des ministères clés, le gouvernement de l’Ontario devrait coordonner un processus de modernisation de la législation, qui donnerait lieu à une nouvelle loi sur le soutien à l’éducation et à la famille qui :
Nous sommes à la croisée des chemins mais nous avons l’occasion d’effectuer les bons choix.
Il est temps de passer de la parole aux actes – mettre en œuvre le programme d’apprentissage à temps plein pour les enfants de quatre et cinq ans, et s’engager dans la transformation de cet ensemble disparate qu’est la prestation de services en un système intégré. Il est temps de combler le fossé entre l’éducation et les services de garde. Il faut interpeller le leadership au sein du gouvernement de l’Ontario, celui qui s’exerce au niveau des conseils scolaires et des administrations municipales ainsi que dans les organismes communautaires pour provoquer les changements qui feront une différence dans la vie des familles et des enfants ontariens.
Nous avons une vision claire de la voie à prendre, la voie du progrès et du succès. Nous comprenons mieux les obstacles et les jalons qui parsèment notre route et qui nous remettront dans le droit chemin si nous dévions un peu. Le chemin à parcourir est long et il y aura beaucoup de grandes et de petites décisions à prendre. Chacun d’entre nous – parents, praticiens, fonctionnaires – doit se laisser guider par la réponse à une seule question : Qu’y a-t-il de mieux pour nos enfants et pour leurs familles?
Trop d’idées géniales sont tombées dans l’oubli à cause d’une mise en œuvre anarchique. Le succès dépend de la capacité de rester constamment concentré sur les résultats et sur le perfectionnement continu, et d’un partenariat efficace entre ceux qui dirigent le changement – de l’éducateur travaillant la main dans la main avec les parents pour le mieux-être des enfants, aux personnes qui dirigent les éducateurs, en passant par celles qui les forment et celles qui dirigent le développement des réseaux communautaires ou provinciaux.
Nous devons nous instruire mutuellement. Il existe d’excellents exemples d’éléments clés du nouveau système en différents endroits dans la province – personnel enseignant et EPE qui coopèrent, services de garde en milieu scolaire et soutien à la famille, leaders du milieu scolaire qui savent gagner la collaboration des parents et composer avec la diversité, ou encore partenaires de la collectivité qui savent établir une réelle collaboration. Le défi est d’apprendre les pratiques exemplaires et de les transformer en pratiques courantes, puis de continuer à inventer de nouvelles pratiques exemplaires et de passer le mot… et les actions.
Des experts et des praticiens de l’Ontario sont prêts à appliquer les changements nécessaires. Ils créeront les environnements « phares » d’apprentissage des jeunes enfants en adoptant des pratiques exemplaires dont les autres s’inspireront. Mais tout le monde n’est pas nécessairement ouvert au changement. C’est pourquoi nous devons créer une dynamique et amorcer une réforme culturelle s’appuyant sur les premiers succès. Et il faut intégrer dans le mécanisme de mise en œuvre du nouveau système des incitatifs qui récompensent les bonnes actions.
L’inertie révélée par l’expérience passée d’une mise en œuvre ratée constitue l’un des plus grands obstacles à des changements efficaces. En outre, le manque d’attention à de petits détails importants, comme les congés professionnels accordés aux principaux leaders, peut paralyser le processus. Il est fondamental d’obtenir la collaboration de personnes qui sont prêtes et qualifiées pour travailler à la mise en œuvre dès le commencement, tout autant qu’il est important de procéder sans tarder à la formation en cours d’emploi. Il ne doit pas exister un grand décalage, sinon aucun, entre la mise en œuvre et la capacité.
Je crois que certaines recommandations seront mises en œuvre ultérieurement, mais cela ne signifie nullement que je les trouve moins importantes. Je veux m’assurer que la mise en œuvre des recommandations se fasse en temps opportun, mais je suis bien conscient de la complexité des changements envisagés et du fait qu’il faille considérer de nombreux enjeux importants.
Nombre de personnes m’ont dit que la mise en œuvre réussie de ce Programme d’apprentissage des jeunes enfants importe plus que de procéder rapidement. Pour que ce programme puisse demeurer utile à des générations de jeunes, la qualité doit l’emporter sur la rapidité. Ceci dit, je pense que le calendrier que j’ai établi, même s’il est serré, est réalisable.
L’équilibre parfait n’est pas encore à nos portes. Par moments, la mise en œuvre du programme sera désordonnée, aussi maladroite que la première tentative d’un enfant à faire de la peinture avec les doigts. Compte tenu de tous les importants progrès accomplis, les erreurs doivent alimenter nos propres apprentissages. Le souhait de parvenir du premier coup à l’équilibre parfait ne doit pas nous empêcher de voir ce qui est essentiel, de souligner les premières réussites et de construire le tremplin de notre avenir collectif.
Comme toujours, le travail d’amélioration des pratiques sur le terrain est incessant.
La mise en œuvre démarre dès le début de l’année scolaire 2010-2011. La majorité des mesures d’apprentissage à temps plein devraient être en vigueur partout en Ontario au bout de trois ans (2012-2013). L’étape un correspond à la première année de mise en œuvre. Il est essentiel de lancer les opérations correctement et de tout faire pour que le projet soit une réussite. Les conditions essentielles à la réussite devraient être réunies dès le commencement :
Planification : élaboration de plans de services à la petite enfance déterminés et signés conjointement par les partenaires locaux et le gouvernement provincial;
Leadership : les résultats obtenus par la direction de l’école dans la mise en œuvre de changements efficaces et positifs; les compétences en partenariat à l’intérieur de l’école qui créent un engagement « collectif » envers le changement et l’innovation; la mise en œuvre d’une stratégie efficace de participation parentale; la passion pour chercher et utiliser de l’information judicieuse pour apporter des changements. En fin de compte, les écoles visées par la première étape devraient pouvoir compter sur un leadership efficace, stable et ouvert, ainsi que sur la garantie du conseil quant à la stabilité de ce leadership;
Développement et capacité d’apprentissage de la petite enfance : l’ensemble de compétences et le savoir de ceux qui rendront possible l’apprentissage des enfants; le personnel enseignant et les éducateurs qui ont acquis d’excellentes connaissances, de l’expérience et des compétences sur le développement des enfants; la passion pour la diversité; l’encadrement à l’échelle des conseils; les occasions de regrouper de nouvelles initiatives et les ressources existantes, telles que les enseignants de la littératie et de la numératie au sein des écoles et des conseils scolaires;
Environnement d’apprentissage : les locaux appropriés et adaptés, conformes aux lignes directrices sur l’apprentissage des jeunes enfants, ayant le matériel pédagogique et les postes d’apprentissage appropriés, ainsi que des installations de préparation des aliments;
Centres Meilleur départ pour l’enfance et la famille : les partenariats et les locaux appropriés au développement de services intégrés à l’enfance et à la famille, notamment les services de garde d’enfants jusqu’à l’âge de quatre ans;
Services à l'enfance : une connectivité efficace avec les services communautaires, le suivi opportun et efficace des services aux enfants ayant des besoins particuliers;
Se préparer : des plans détaillés de préparation en cours d’emploi des éducateurs concernant l’application du curriculum; l’engagement de parents pour encourager la participation des parents et déterminer leurs préférences relativement à l’inscription de leurs enfants; d’autres détails qui simplifient la mise en œuvre harmonieuse de la réforme; des plans destinés aux écoles et portant sur chacune des étapes subséquentes; des plans de communication servant à informer les parents de manière transparente de l’implantation de la réforme dans leur quartier; des plans de préparation pour l’étape deux qui comprennent des congés professionnels pour les personnes clés des écoles visées par l’étape deux, afin qu’elles collaborent avec le personnel d’écoles ayant participé à l’étape un et en tirent des leçons; des plans d’immobilisations.
Les plans de services de l’étape un doivent aussi tenir compte d’autres éléments importants, les décrire et les documenter, par exemple :
La mise en œuvre passe obligatoirement par la documentation spécifique de plans de communication et de collaboration efficaces requérant la participation de tous les principaux partenaires des collectivités.
Pour que la mise en oeuvre puisse démarrer en 2010, il importe de se pencher sur des éléments de très grande importance et qui requièrent une intervention immédiate.
Comme première étape de la préparation, il faudrait demander au sous-ministre de l’Éducation de mettre sur pied la Division de la petite enfance. Cette Division créerait, animerait et surveillerait le développement d’un réseau intégré de services aux enfants et aux familles de l’Ontario, en collaboration avec les conseils scolaires, les administrations municipales, les collectivités et d’autres ministères et organismes gouvernementaux.
La Division de la petite enfance devrait :
Le gouvernement provincial devrait informer les municipalités de son intention de maintenir les ressources accordées pour le programme Meilleur départ par le gouvernement fédéral, qui entend arrêter le versement pour ce programme en mars 2010.
Avec le concours du conseiller spécial en apprentissage préscolaire, un groupe de référence pour la mise en oeuvre, réunissant des praticiens et d’autres leaders « actifs sur le terrain », devrait être mis sur pied pour fournir des avis sur les aspects importants de la mise en oeuvre, par exemple la détermination et la suppression des obstacles, les stratégies de perfectionnement professionnel, le financement consolidé et un processus de reddition de comptes pour documenter l’élaboration du Cadre stratégique sur la petite enfance.
Jusqu’à l’instauration de la nouvelle législation, la mise en oeuvre serait guidée par le Cadre stratégique sur la petite enfance, les politiques et les instances de financement qui énonceraient les objectifs, le mandat, les mécanismes, les échéances, les cibles, les paramètres de reddition de comptes, et qui établiraient les normes de qualité pour les centres Meilleur départ pour l’enfance et la famille ainsi que pour la programmation prolongée offerte par les conseils scolaires.
Il est nécessaire d’adopter une approche globale, exhaustive et intégrée de soutien aux services d’apprentissage et de garde de la petite enfance, ainsi qu’aux familles, pour récolter les bénéfices de cet important investissement dans notre avenir.
Nombre de praticiens communautaires et de fonctionnaires locaux ont signalé les problèmes associés à la multiplicité de lois et de règlements périmés ou encore incompatibles avec la mise en place des mesures de soutien nécessaires pour les enfants et les familles. Dans l’immédiat, et à mesure que nous procédons à la mise en oeuvre, il faudrait utiliser des outils législatifs à court terme. Par exemple, il faudrait sans doute modifier certains aspects de la Loi sur les garderies et de la Loi sur l’éducation de manière à rendre possible la mise en oeuvre de cette nouvelle initiative.
À compter de 2012-2013, la Province devrait s’engager dans le processus de rédaction d’une nouvelle loi sur le soutien à l’éducation et à la famille. Il me semble que le processus consultatif qui soutient la rédaction d’une nouvelle loi devrait coïncider avec la troisième année de la mise en oeuvre du système de services à l’enfance et à la famille, de sorte que les réalisations et l’expérience acquise lors de la mise en oeuvre donnent lieu à d’excellentes idées pour la rédaction et le peaufinage de la loi.
Les recommandations contenues dans le présent rapport esquissent un calendrier précis de mise en oeuvre ainsi qu’un chemin critique établi en fonction du besoin d’introduire progressivement les changements, de se doter des moyens d’agir et de réunir les ressources nécessaires. La mise en oeuvre devrait s’effectuer à un rythme gérable et prévisible, et la recherche de la qualité devrait constituer notre grande motivation. Je mesure parfaitement les complexités qui sous-tendent l’offre de programmes et de services de qualité à l’échelle de la province, mais il demeure que le choix de délais pour parvenir à des objectifs est un incontournable de la mise en oeuvre.
D’ici à cinq ans (d’ici à la fin de l’année scolaire 2014-2015) :
D’ici cinq à dix ans (d’ici 2020) :
Dès le commencement… et à jamais :
Il n’est plus question de se demander si nous devons aider les enfants à se préparer à l’école et à la vie, mais comment nous devons le faire.
Il s’agit de préparer les enfants à l’école et l’école aux enfants. Il s’agit d’une démarche vers des soutiens communautaires intégrés pour les enfants et les familles qui tient compte du fait qu’il faut un village pour élever un enfant; nos « villages » doivent être plus efficaces à cet égard.
Nous devons nous appuyer sur ce que nous faisons de mieux et redéployer nos ressources. Nous devons diffuser de l’information fiable à tous les niveaux pour que les parents connaissent le rendement de leurs enfants et pour aider les praticiens à améliorer leurs interventions. Nous devons informer les contribuables de la valeur de cet effort et continuer de les renseigner sur les progrès de la mise en œuvre.
Avec des orientations claires du gouvernement, avec des citoyens qui appuient intensément cette initiative, avec les nombreux éléments déjà en place et avec l’écrasante preuve de l’importance d’investir dans l’apprentissage des jeunes enfants, la question à poser est « si ce n’est maintenant, alors quand? ».
L’établissement et le renforcement de fondements solides dès un jeune âge constituent le facteur le plus influent de la destinée sociale et économique de l’Ontario. Ce serait faire preuve de myopie intellectuelle que de ne pas saisir cette occasion.
L’Ontario a la perspective et le talent nécessaires pour faire quelque chose de très spécial et durable pour ses enfants et ses familles, quelque chose qui inspirera les gens d’ailleurs, pendant que nous passons de la parole à l’acte dans l’optique d’un avenir meilleur.
Chapitre 1 : Une vision de la petite enfance pour l’Ontario
Chapitre 2 : Bref survol des données et des éléments probants
Chapitre 3 : L’apprentissage à temps plein : abandonner les mesures disparates
Chapitre 4 : Financer notre meilleur avenir
Chapitre 5: De la parole au geste
La pluralité derrière la paternité de ce rapport