Aperçu

La paratuberculose est une maladie chronique évolutive qui touche les moutons, les chèvres et d’autres animaux de pâturage. Elle est causée par une bactérie à croissance lente appelée Mycobacteriumavium, sous-espèce paratuberculosis (MAP).

L’infection endommage la paroi intestinale et réduit la capacité de l’animal à absorber des éléments nutritifs. Au fil du temps, cela entraîne une perte de poids graduelle malgré une bonne alimentation, la dégradation de l’état corporel et éventuellement une diarrhée sévère et la mort.

La paratuberculose est fréquente dans le monde, y compris chez les ruminants domestiques et sauvages d’Amérique du Nord.

Elle a été constatée chez des :

  • des moutons
  • du bétail (tant laitier que de boucherie)
  • des chèvres
  • des cerfs et de wapitis
  • des camélidés (alpagas et lamas)
  • d’autres ruminants sauvages ou domestiques

La paratuberculose est considérée comme endémique en Amérique du Nord, ce qui veut dire qu’elle est fréquemment présente au sein de la population animale. En Ontario, une étude de 2016 a constaté que 66,8 % des troupeaux de brebis laitières et 83,0 % des troupeaux de chèvres laitières avaient au moins un animal infecté.

Deux souches de bactéries MAP ont été identifiées. La souche bovine est la plus prévalente en Amérique du Nord et affecte fréquemment les bovins, les moutons et les chèvres. La souche ovine est la plus prévalente chez les moutons australiens, même si elle affecte les moutons et d’autres espèces dans différentes régions du monde avec une prévalence moindre.

Les animaux cliniquement affectés présentent les signes suivants :

  • un poids corporel inférieur
  • une vie plus courte
  • moins de descendants nés par année
  • des poids de sevrage de la portée plus faibles

Selon le nombre d’animaux affectés au sein d’une population, la maladie peut avoir un impact économique négatif substantiel.

Risque pour la santé humaine

La paratuberculose n’est pas actuellement considérée comme un risque pour la santé humaine. Même s’il y a eu des recherches portant sur l’association de la paratuberculose chez les ruminants avec la maladie de Crohn chez les humains, celles-ci n’ont pas prouvé que la paratuberculose cause la maladie de Crohn.

À titre de précaution, l’exposition humaine aux bactéries MAP peut être minimisée en consommant uniquement du lait et des produits du lait pasteurisés.

Maladie clinique

Une fois infectés, les animaux ne présentent pas de signes cliniques de la maladie pendant une longue période, souvent de 2 à 4 ans.

Dans les cas où l’infection survient in utero ou chez de jeunes animaux, la maladie clinique peut se manifester aussi tôt qu’à 18 mois d’âge. Durant cette période sans symptômes, les animaux sont considérés comme subcliniques. Ces animaux sont infectés et peuvent commencer à excréter les bactéries dans leurs fèces, contribuant à la transmission au sein du troupeau.

Signes de la maladie

Seuls 5 à 10 % des animaux infectés présentent des signes de maladie. Résultat, la paratuberculose peut rester non détectée au sein d’un troupeau pendant qu’elle se propage. Lorsque la maladie devient visible, voici certains signes fréquemment observés :

  • perte de poids graduelle, souvent malgré le fait que l’animal mange
  • mauvais état corporel
  • toison terne ou poils rugueux
  • gencives et muqueuses pâles
  • réduction de la production de lait

Un producteur expérimenté peut remarquer uniquement de subtiles différences, comme des animaux légèrement plus minces que leurs congénères du troupeau. Les animaux cliniquement affectés représentent uniquement une petite proportion du nombre total d’animaux infectés au sein du troupeau.

D’autres agents stressants, comme le chevrotage ou l’agnelage, ou des conditions concurrentes comme la mammite peuvent accélérer l’apparition d’une maladie clinique plus grave. La diarrhée chronique se développe dans environ 20 % des cas et est plus souvent observée chez les bovins. Une fois que les chèvres ou les moutons développent de la diarrhée, la maladie a progressé et l’animal peut rapidement hésiter à se lever ou ne pas être en mesure de le faire, avant de mourir.

Autres maladies à envisager

La paratuberculose peut être difficile à distinguer d’autres troubles d’atrophie chroniques, notamment :

  • problèmes dentaires (comme la perte d’une incisive)
  • maedi-visna
  • parasitisme
  • abcès internes associés à la lymphadénite caséeuse
  • carences nutritionnelles ou mauvaise gestion de l’alimentation
  • autre maladie chronique (comme une pneumonie chronique)

Traitement

Il n’y a pas de traitement curatif de la paratuberculose. Consultez votre vétérinaire si vous constatez des signes de paratuberculose au sein de votre troupeau afin de vous assurer qu’ils ne sont pas causés d’autres troubles traitables.

Transmission

Les animaux infectés excrètent des quantités importantes de bactéries dans leurs fèces, ce qui contamine l’environnement. Les congénères du troupeau deviennent infectés en ingérant des aliments ou de l’eau contaminés par des matières fécales. Les animaux adultes et infectés sont la principale source d’infection pour les jeunes animaux.

Les moutons infectés au pâturage contamineront ce pâturage pour les autres animaux de pâturage. Les animaux infectés dans une étable peuvent déféquer dans les dispositifs d’alimentation ou les abreuvoirs. Les agneaux et les chevreaux nés dans ces milieux contaminés sont les plus susceptibles d’être infectés. Les pis contaminés par le fumier, ainsi que les étiquettes pour la laine, le matériel, les enclos de ferme et la litière sont tous des sources d’infection pour les chevreaux et les agneaux.

La paratuberculose ne se propage pas par des gouttelettes projetées dans l’air ou le sperme.

Autres méthodes de transmission

Les chèvres et les brebis excrètent des bactéries MAP dans le lait et le colostrum, même si elles semblent en bonne santé.

Si la mère présente des signes cliniques de paratuberculose durant la grossesse, les fœtus sont très susceptibles d’être infectés pendant qu’ils sont dans l’utérus. Une fois nés, ces jeunes animaux peuvent être infectés par les bactéries MAP et développer la paratuberculose clinique à un plus jeune âge.

Diagnostic

Plusieurs analyses diagnostiques sont offertes pour diagnostiquer la paratuberculose chez des animaux vivants à l’aide de prélèvements sanguins et fécaux. La précision et l’utilisation recommandée de ces analyses varient.

Collaborez étroitement avec votre vétérinaire afin de choisir l’analyse la plus appropriée pour votre situation particulière. Par exemple, un animal avec un mauvais état corporel peut exiger une analyse différente que pour dépister un grand groupe d’animaux ou pour évaluer de nouveaux ajouts au troupeau.

La progression et les caractéristiques de la paratuberculose peuvent compliquer son diagnostic.

Aux stades précoce ou subclinique, les animaux infectés présentent souvent de faibles charges bactériennes, n’excrètent pas de bactéries MAP dans leurs fèces et ont des réactions immunitaires limitées, ce qui réduit la capacité d’une analyse à détecter l’infection. Les analyses répétées au fil du temps combinées à une gestion à l’échelle du troupeau, avec un soutien vétérinaire, sont nécessaires pour une détection plus précise et le contrôle de la paratuberculose.

Les animaux maigres sont généralement identifiés durant la manipulation ou le tri de routine et sont retirés de l’exploitation, traités ou euthanasiés en fonction de la cause et de la gravité. Les animaux maigres sans cause sous-jacente claire sont souvent abattus sans autre enquête ou diagnostic confirmé.Cela peut permettre à la paratuberculose de continuer à ne pas être détectée au sein d’un troupeau et à se propager sur plusieurs générations avant d’être identifiée et abordée.

Diagnostic postmortem

Lorsqu’un animal cliniquement malade meurt, votre vétérinaire peut procéder à un examen postmortem. Cela peut aider à cerner la cause du décès, qu’il s’agisse ou non de la paratuberculose.

Au-delà d’un diagnostic individuel, les examens postmortem sont utiles pour surveiller l’état de santé général de l’animal, prévenir des pertes futures et favoriser des décisions éclairées en matière de pratiques de gestion et de biosécurité.

Contrôle et prévention

De bonnes pratiques d’hygiène, de biosécurité et de gestion peuvent aider à contrôler la paratuberculose, mais la réduction de la maladie dans votre exploitation agricole exige de la détermination. Les bactéries MAP sont très résistantes et peuvent survivre dans l’environnement, le sol, l’eau et le fumier malgré des conditions de froid, de chaleur ou d’acidité. Ces caractéristiques rendent difficile le contrôle de l’environnement.

La prévention est la façon la moins coûteuse de gérer la paratuberculose puisqu’il est coûteux de l’éradiquer une fois qu’elle est établie au sein d’une population.

Mesures à adopter pour prévenir la paratuberculose :

  • prévenir de nouvelles infections aux bactéries MAP, en particulier chez les jeunes animaux
  • éviter d’introduire des animaux infectés par des bactéries MAP
  • retirer les animaux qui excrètent des bactéries MAP

Les bactéries MAP peuvent très bien survivre dans l’environnement et sont très résistantes aux désinfectants. Les désinfectants tuberculocides sont efficaces pour tuer les bactéries MAP et devraient être utilisés pour désinfecter les outils lavables, les appareils d’alimentations et les auges.

Voici certains produits tuberculocides :

  • l’eau de Javel
  • le peroxyde d’hydrogène
  • les alcools
  • les composés d'ammonium quaternaire

Vous devez respecter le mode d’emploi sur l’étiquette quand vous utilisez un produit et vous assurer que le temps de contact du produit est suffisant pour être pleinement efficace contre les bactéries MAP.

Aucun vaccin n'est actuellement offert au Canada pour la tuberculose.

Prévention chez les jeunes animaux

Fumier

De grandes quantités de bactéries MAP sont excrétées dans les fèces des animaux infectés, ce qui constitue la source d’infection la plus importante pour les jeunes animaux de moins de six mois. Des pratiques d’hygiène et de gestion qui minimisent l’exposition des jeunes animaux au fumier sont essentielles.

  • Gardez les enclos où sont nés les chevreaux et les agneaux propres et secs afin de réduire leur contact avec le fumier.
  • Nettoyez les abreuvoirs régulièrement et retirez et éliminez les sédiments accumulés dans une zone à laquelle les animaux n’ont pas accès.
  • Les pâturages peuvent être contaminés par des bactéries MAP lorsque du fumier provenant d’animaux infectés est épandu.
  • Incorporez le fumier dans le sol après l’épandage et évitez de sortir immédiatement de jeunes animaux dans ces pâturages, dans la mesure du possible. Cela réduit le risque de transmission par le fumier au moyen du broutage ou de la consommation de fourrages cultivés sur des terres contaminées.

Lait et colostrum

Les chèvres et les brebis peuvent excréter des bactéries MAP dans le lait et le colostrum, même si elles ne présentent pas de signes cliniques. Cette voie de transmission peut être atténuée grâce à l’utilisation de colostrum traité à la chaleur, de lait pasteurisé ou de produits commerciaux de remplacement du lait et du colostrum.

Lorsque du colostrum maternel est utilisé, voici comment vous pouvez réduire le risque de transmission de bactéries MAP :

  • utilisez uniquement le colostrum de chèvres et de brebis qui ont testé négatif à la paratuberculose
  • évitez de regrouper le colostrum provenant de plusieurs animaux
  • nettoyez et séchez soigneusement le pis et les mamelles avant la traite
  • Nettoyez et désinfectez adéquatement tout le matériel utilisé pour prélever et donner le colostrum

Dans les systèmes de production de chèvres et de brebis laitières, lorsque les jeunes animaux sont élevés artificiellement, il est possible de retirer la progéniture de l’enclos des animaux adultes rapidement après la naissance. Cela limite le temps qu’un jeune animal passe dans un environnement infecté et limite le contact avec des congénères potentiellement infectés au sein du troupeau, réduisant ainsi le risque de transmission de la maladie.

Contrôler l’arrivée de nouveaux animaux

Les animaux qui entrent dans une exploitation devraient être testés avant leur arrivée afin de réduire le risque d’introduction de la paratuberculose au sein du troupeau. Il est plus facile de tester et de sélectionner des animaux négatifs avant leur arrivée plutôt que de tenter d'éradiquer la maladie qui s’est établie. Ces mesures préventives s’appliquent également aux animaux devant intégrer temporairement le troupeau (comme des mâles reproducteurs).

Voici quelques mesures pour minimiser le risque d’introduire la paratuberculose dans votre troupeau :

  • maintenez l’isolement du troupeau dans la mesure du possible
  • achetez des animaux auprès d’un petit nombre de sources réputées et connues
  • approvisionnez-vous en animaux uniquement auprès de troupeaux qui subissent un dépistage annuel de la paratuberculose au niveau du troupeau et obtenez une copie des résultats des analyses afin de garantir le statut négatif
  • testez les animaux avant l’achat et avant leur arrivée dans votre exploitation, en consultation avec un vétérinaire afin de vous assurer d’utiliser le bon test
  • achetez de jeunes animaux provenant de mères dont le dépistage de la paratuberculose s’est avéré négatif
  • évaluez soigneusement l’état corporel de tous les animaux adultes si des analyses diagnostiques n’ont pas été effectuées sur le troupeau source
  • évitez d’introduire d’autres espèces sensibles (comme du bétail ou d’autres ruminants) pouvant transporter la paratuberculose
  • n’empruntez ou ne louez pas d’animaux (comme des mâles reproducteurs)

Éradication au niveau du troupeau

Les programmes d’éradication sont fondés sur la capacité de détecter et de retirer les animaux malades, ainsi que de prévenir la propagation de la maladie au sein du troupeau. Vous pouvez créer un programme de dépistage en consultation avec un vétérinaire. Les programmes se basent généralement sur des analyses sérologiques annuelles ou semi-annuelles de l’ensemble des animaux adultes. Les animaux positifs devraient être éliminés ou isolés.

Les jeunes animaux issus de mères positives sont considérés comme présentant un risque accru d’être infectés et ne devraient pas être conservés comme animaux de remplacement. Les animaux positifs et ceux présentant un risque accru ne devraient pas être vendus aux endroits où il y a une chance qu’ils soient vendus comme reproducteurs (comme des encans à bestiaux).

Le troupeau doit rester isolé pour éviter la réintroduction de la maladie. De trois à cinq analyses annuelles sont souvent exigées avant que le troupeau puisse être déclaré à faible risque de présenter la maladie. Il n’y a actuellement pas de programme national ou provincial pour certifier que les troupeaux sont exempts de paratuberculose.

Références

Morris, C. A., Hickey, S. M., & Henderson, H. V. (2006). The effect of Johne's disease on production traits in Romney, Merino and Merino x Romney-cross ewes. New Zealand veterinary journal, 54(5), 204–209.

Bauman, C. A., Jones-Bitton, A., Menzies, P., Toft, N., Jansen, J., & Kelton, D. (2016). Prevalence of paratuberculosis in the dairy goat and dairy sheep industries in Ontario, Canada. The Canadian veterinary journal = La revue vétérinaire canadienne, 57(2), 169–175.