L’intoxication au cuivre et la carence en cuivre chez les moutons
Renseignez-vous sur les sources alimentaires de cuivre et les signes de toxicose au cuivre et de carence en cuivre chez les moutons.
Aperçu
L’excès de cuivre peut être toxique pour les humains et les animaux d’élevage, mais les moutons sont particulièrement sensibles à la toxicose au cuivre parce que leur organisme n’élimine pas très bien le cuivre.
L’excès de cuivre est stocké dans les cellules du foie au cours des semaines, des mois et des années, atteignant éventuellement des concentrations toxiques, causant la maladie et la mort. Le cuivre est cependant un minéral essentiel dont les animaux, y compris les moutons, ont besoin. Des concentrations insuffisantes de cuivre peuvent causer une carence, entraînant des effets négatifs sur la santé.
Sources alimentaires de cuivre
Tenez compte de toutes les sources potentielles de cuivre dans le régime alimentaire. Surveillez les concentrations de cuivre afin de prévenir la carence en cuivre et la toxicose au cuivre au sein de votre troupeau.
En cas de maladie, faites confirmer le diagnostic par le vétérinaire de votre troupeau et un laboratoire de diagnostic, puis recherchez toutes les sources évidentes de cuivre.
Voici certaines sources potentielles de cuivre :
- les fourrages ou pâturages
- les céréales et les denrées
- les vitamines et les minéraux prémélangés
- le sel et le sel enrichi d’oligo-éléments
- les aliments et les suppléments achetés
- les erreurs de mélange dans les commandes d’aliments pour animaux ou de minéraux
- l’ingestion de choses non destinées à la consommation, comme l’ingestion de pédiluves au sulfate de cuivre
Le cuivre peut aussi s’accumuler dans le foie en raison d’une interaction complexe du cuivre avec d’autres minéraux, comme :
- le molybdène
- le sulfate
- le fer
- le zinc
Ces minéraux sont naturellement présents dans les fourrages et les pâturages et sont par ailleurs combinés dans les mélanges commerciaux de minéraux et d’aliments pour animaux.
Le molybdène en particulier se lie au cuivre et diminue son absorption, ce qui peut aider à prévenir la toxicose au cuivre ou exacerber la carence en cuivre. Un apport de molybdène inférieur à 1 partie par million (ppm) est insuffisant et peut entraîner une accumulation excessive de cuivre dans le foie
Toxicose au cuivre
Causes
Les moutons sont sensibles à la toxicose au cuivre parce que leur organisme n’est pas capable d’éliminer très bien le cuivre en extra et que l’excès est stocké dans leur foie. Le foie peut stocker uniquement une quantité limitée de cuivre avant que des répercussions négatives se fassent sentir sur la santé de l’animal, ce qui peut inclure sa mort.
La race et l’âge jouent également un rôle dans la susceptibilité de l’animal à accumuler le cuivre.
Les agneaux sont plus susceptibles de développer une toxicose au cuivre parce qu’ils absorbent plus facilement le cuivre et ont un système excréteur immature, ce qui réduit leur capacité à éliminer l’excès de cuivre.
Lorsque la capacité du foie à stocker le cuivre est dépassée ou après que l’animal ait subi un événement stressant, le cuivre est relâché par le foie dans la circulation sanguine. Cet événement déclencheur d’un stress peut être dû :
- aux conditions météorologiques
- à des maladies
- à une mauvaise alimentation
- au transport
- à l’effort
- à la manipulation
Une fois que le cuivre est dans la circulation sanguine à une concentration suffisante, il cause l’hémolyse, une dégradation des globules rouges. Les globules rouges sont nécessaires pour transporter l’oxygène dans l’organisme et les tissus. De l’hémoglobine est également libérée dans la circulation sanguine, provenant des globules rouges brisés, ce qui est toxique pour les reins.
Signes et diagnostic
La destruction des globules rouges peut causer l’anémie de l’animal. Un mouton atteint d’anémie a des muqueuses très pâles et semble apathique. Voici certains signes que la maladie progresse :
- la faiblesse
- l’augmentation du temps passé couché ou l’incapacité à rester debout
- la diminution de l’appétit
- l’augmentation de la soif
- des difficultés respiratoires et la mort
Les muqueuses visibles dans la bouche et autour des yeux deviennent rapidement jaunes alors que la jaunisse (ictère) s’installe dans l’ensemble de l’organisme. À l’examen postmortem, tous les tissus du mouton affecté présentent une couleur allant de jaune pâle à jaune foncé, les reins sont très foncés et l’urine a une couleur rouge sang. Si l’hémolyse est sévère, le mouton peut mourir soudainement sans présenter de signe de jaunisse.
Un diagnostic de toxicose au cuivre est posé sur la base des éléments suivants :
- les symptômes
- les antécédents d’exposition
- les trouvailles postmortem
- les diagnostics en laboratoire
Un diagnostic et la réponse qui y est apportée doivent être faits en consultation avec un vétérinaire. Un traitement de soutien devrait être donné aux moutons cliniquement malades, bien que le pronostic de rétablissement soit mauvais. Afin de réduire les répercussions de la toxicose au cuivre sur le reste du troupeau, les moutons peuvent revoir des suppléments de molybdate d’ammonium alimentaire comme source de molybdène, de thiosulfate de sodium ou de zinc.
Carence en cuivre
Même s’il est essentiel de contrôler le régime alimentaire des moutons pour prévenir la toxicose, il faut faire attention de ne pas causer de carence en cuivre. Le cuivre est un minéral essentiel dont les enzymes ont besoin pour favoriser chez un mouton :
- la croissance
- la fonction immunitaire
- la reproduction
- la production de laine
Les carences en cuivre peuvent être le résultat d’un faible apport en cuivre ou de concentrations élevées de molybdène, de soufre ou de fer dans le régime alimentaire. Les moutons ont besoin de fer dans leur régime alimentaire à une concentration minimale de 6 ppm et le rapport cuivre/molybdène devrait être de 5:1 à 10:13. Les agneaux ont besoin de cuivre pour croître et se développer adéquatement et sont particulièrement sensibles aux carences en cuivre.
Voici certains signes de carence en cuivre :
- l’anémie
- une diminution de la production de lait
- une laine de mauvaise qualité, y compris la perte de pigment de la toison noire, le crêpage et une diminution de la force de traction
- des agneaux atteints d’ataxie enzootique, d’une démarche non coordonnée, de fractures accrues, d’un ralentissement de la croissance ou de boiterie
- la mort soudaine causée par une insuffisance cardiaque
- une faible fertilité
Travaillez avec votre nutritionniste et votre vétérinaire si vos moutons présentent des signes de carence en cuivre. Ils peuvent faciliter l’obtention d’un diagnostic de laboratoire, de suppléments de cuivre pour le reste des animaux présentant un risque et aider à corriger la cause de la carence. Comme pour l’intoxication au cuivre, une analyse régulière des aliments pour animaux et des oligo-minéraux du troupeau peut aider à prévenir le problème des carences en cuivre chez vos moutons.
Prévention
Une analyse des minéraux doit être effectuée pour l’ensemble des éléments constituant le régime alimentaire des moutons, notamment l’eau et les mélanges de minéraux, si ces derniers sont donnés aux animaux, mais en particulier les fourrages. Demandez l’aide d’un vétérinaire et d’un nutritionniste pour interpréter les résultats de ces analyses. La concentration maximale de cuivre tolérée dans les aliments pour animaux est de 15 ppm. La race et l’âge jouent un rôle dans la susceptibilité des animaux à l’accumulation de cuivre et devraient donc être pris en compte lors de la planification d’un régime alimentaire ou de l’analyse des rations.
Stratégies de prévention
Afin de prévenir la toxicose au cuivre :
- travaillez avec un nutritionniste
- vérifiez les concentrations de cuivre et de molybdène régulièrement dans vos fourrages et pâturages
- faites tester de façon routinière les oligo-minéraux des moutons morts ou qui ont été récoltés, afin de connaître les concentrations de référence de votre troupeau
- donnez à vos moutons la dose indiquée sur l’étiquette des prémélanges minéraux en libre accès afin d’éviter l’excès de suppléments alimentaires
- étiquetez et entreposez les aliments pour animaux destinés à d’autres espèces à l’écart des aliments destinés aux moutons afin de prévenir l’ingestion accidentelle
Références
- National Research Council of the National Academies (2007). Nutrient Requirements of Small Ruminants. Sheep, Goats, Cervids and New World Camelids. The National Academies Press
- Borobia, M.; Villanueva-Saz, S.; Ruiz de Arcaute, M.; Fernández, A.; Verde, M.T.; González, J.M.; Navarro, T.; Benito, A.A.; Arnal, J.L.; De las Heras, M.; et al. Copper Poisoning, a Deadly Hazard for Sheep. Animals 2022, 12, 2388.
- Pugh, D.G. and Baird, N.N. (2012) Sheep & Goat medicine-E-book. Elsevier Health Sciences.
Notes en bas de page
- note de bas de page[1] Retour au paragraphe 1. Menzies, P. I., Boermans, H., Hoff, B., Durzi, T., & Langs, L. (2003). Survey of the status of copper, interacting minerals, and vitamin E levels in the livers of sheep in Ontario. The Canadian veterinary journal = La revue vétérinaire canadienne, 44(11), 898–906. Survey of the status of copper, interacting minerals, and vitamin E levels in the livers of sheep in Ontario - PMC