Introduction

La présente fiche technique offre des conseils sur le calcul de la taille de vos porcs à différentes étapes de production. Il est essentiel de bien comprendre la taille d’un porc pour optimiser la gestion, le rendement et la profitabilité. En ce qui concerne les porcs de finition et les cochettes, la priorité principale devrait être le poids de l’animal. En revanche, pour les animaux reproducteurs, au-delà du poids, il faut aussi se concentrer sur l’état de chair.

Le calcul du poids vif permet de veiller à ce que les animaux reçoivent une alimentation correcte, de planifier les dates futures de commercialisation et d’évaluer la maturitéreproductive des cochettes. En connaissant le poids de vos porcs, vous pouvez déterminer plus exactement quand il convient de passer à l’étape d’alimentation suivante en fonction de leur croissance, et optimiser l’expédition de la plupart de vos porcs de marché dans la catégorie de poids souhaitée. Les porcs peuvent être pesés sur une bascule, mais d’autres techniques sont également réalisables pour estimer leur poids vif avec une exactitude relative lorsque l’on ne dispose pas d’une balance. Il s’agit notamment de l’usage de rubans servant à estimer le poids et d’applications pour téléphone intelligent qui utilisent des appareils photo pour mesurer les caractéristiques du porc et estimer son poids vif.

Le poids vif n’est qu’un des facteurs importants relatifs aux animaux reproducteurs. La détermination de l’état de chair d’une truie tient compte du poids vif et de l’épaisseur du gras dorsal. De même que pour tout animal, du fait des différences de taille, deux truies de même poids pourraient ne pas avoir la même cote d’état de chair (CEC). Une truie peut être beaucoup plus haute ou plus longue qu’une autre truie de même poids, ce qui signifie que l’une des deux est probablement trop ou pas assez en chair. Même si le poids vif (figure 1) et la CEC d’une truie varient tout au long de son cycle reproducteur, il est essentiel d’éviter de grandes fluctuations de la CEC si l’on veut optimiser le rendement de vos reproducteurs.

Diagramme illustrant le poids vif indiqué en kg sur l’axe vertical à gauche, en commençant par 100 en bas et en montant par tranches de 20 kg jusqu’à 280 en haut. Le temps, en jours, est indiqué sur l’axe horizontal, en commençant par 0 à gauche jusqu’à 1000 à droite, par tranche de 100 jours. Le mot « Mise bas » est écrit en haut du diagramme, avec cinq flèches pointant les crêtes de la ligne. La première crête à gauche correspond à 140 kg, et la ligne s’élève progressivement, avec des crêtes et des creux.

Figure 1. Fluctuations souhaitées du poids vif des truies au fil des mises bas footnote 1

Par exemple, les truies qui ne sont pas assez en chair à l’amorce de l’étape de mise bas auront des prises alimentaires plus faibles, puiseront davantage dans leurs propres réserves de graisse pour produire leur lait et auront un état de chair encore plus dégradé à la fin de la mise bas. La truie aura alors besoin de plus d’apports alimentaires pour retrouver un état normal et donnera naissance à moins de porcelets dans la mise bas suivante footnote 2 .

Il existe diverses façons de mesurer le poids et l’état de chair d’une truie, notamment les balances, les rubans, les ultrasons du lard dorsal, les évaluations visuelles et les pieds à coulisse de CEC. Les producteurs devraient mettre à profit ces outils pour s’assurer que chaque truie atteint le poids vif souhaité et franchit correctement les différents stades d’état de chair au fil du temps.

Balances

Les balances sont l’outil le plus exact pour calculer le poids de vos porcs, dans la mesure où elles sont utilisées et entretenues correctement. Divers types de balances sont disponibles, des balances individuelles aux bascules utilisables pour de grands groupes d’animaux. Les systèmes de tri automatisé et certains systèmes électroniques d’alimentation des truies sont dotés de balances. L’étalonnage des balances doit être vérifié régulièrement. Le poids d’étalonnage devrait êtreplus ou moins égal au poids des animaux pesés par la balance. Par exemple, si vous pesez des porcs de 50 kg, deux sacs d’aliments de 25 kg conviennent parfaitement pour vérifier l’étalonnage de la balance.

Les balances ont un prix, mais sont rentables à long terme compte tenu des avantages qu’elles procurent. Le fait de pouvoir établir correctement à quel moment effectuer un changement d’alimentation, ou encore d’assurer que tous les porcs mis en marché correspondent à la grille de valeurs cibles, améliorera votre profitabilité.

Rubans servant à estimer le poids — tour de poitrine

Le tour de poitrine d’un porc est en étroite corrélation avec son poids vif. Faute de disposer d’une balance, la mesure du tour de poitrine est une manière excellente et économique d’estimer le poids vif d’un porc. Lorsque la mesure est effectuée correctement, cette méthode prédit le poids vif à 4,55 kg (10 lb) près pour les porcs de marché et les cochettes, et à 13,6 kg (30 lb) près pour les truies matures.

Le tour de poitrine des porcs peut être mesuré au moyen d’un ruban à mesurer, d’une cordelette graduée ou d’un tube en polyéthylène gradué. Pour se faire, on entoure le tour de poitrine du ruban juste derrière les pattes antérieures et les épaules (figure 2) et à l’avant de la première glande mammaire chez les truies.

Le tableau 1 montre la mesure en pouces (po) et le poids vif en livres (lb) et en kilogrammes (kg) pour les porcs de marché et les cochettes. Le tableau 2 montre la mesure en pouces et le poids vif en livres et en kilogrammes pour les truies matures. Il est important d’utiliser le bon tableau, car la relation mathématique varie selon que l’animal soit jeune ou mature.

Par souci d’exactitude, il est important d’effectuer cette mesure à des moments où les porcs ont pu accéder librement àla nourriture et l’eau (et non juste après le transport, par exemple) et qu’ils sont propres. De plus, la tête du porc doit être baissée, car la mesure du tour de poitrine sera moins précise si la tête du porc est levée. Il sera plus facile d’obtenir une mesure exacte en laissant le porc mordre votre botte ou en lui laissant quelque chose à manger par terre. Pour obtenir une valeur plus exacte, effectuez la mesure trois fois et utilisez la moyenne des trois valeurs obtenues.

Photo d’une personne qui utilise un tube en polyéthylène pour mesurer le tour de poitrine et estimer le poids vif d’un porc.

Figure 2. Utilisation d’un tube en polyéthylène pour mesurer le tour de poitrine et estimer le poids vif.

Tableau 1. Poids d’un porc en livres et en kilogrammes selon la mesure du tour de poitrine (pouces), +/– 10 lb
Tour de poitrine Pouces Poids du porc Livres Poids du porc Kilogrammes
25 49 22,2
26 59 26,8
27 69 31,3
28 79 35,8
29 89 40,4
30 99 45,0
31 107 48,5
32 116 52,6
33 126 57,2
34 136 61,7
35 146 66,2
36 157 71,2
37 168 76,2
38 180 81,6
39 193 87,5
40 206 93,4
41 219 99,4
42 234 106,1
43 249 112,9
44 264 119,7
45 280 127,0
46 297 134,7
47 314 142,4
48 332 150,6
49 351 159,2
50 370 167,8

Source : Groesbeck et al., 2002, et Tokach, 2020 (communication personnelle).

Tableau 2. Poids d’une truie en livres et en kilogrammes selon la mesure du tour de poitrine (pouces), +/– 30 lb
Tour de poitrine Pouces Poids de la truie Livres Poids de la truie Kilogrammes
45 284,5 129,1
46 306,1 138,8
47 327,6 148,6
48 349,2 158,4
49 370,7 168,1
50 392,2 177,9
51 413,8 187,7
52 435,3 197,5
53 456,9 207,2
54 478,4 217,0
55 499,9 226,8
56 521,5 236,5
57 543,0 246,3
58 564,6 256,1
59 586,1 265,9
60 607,6 275,6
61 629,2 285,4
62 650,7 295,2
63 672,3 304,9
64 693,8 314,7
65 715,3 324,5

Source : Iwasawa et al., 2004.

Gros plan d’un tube en polyéthylène sur fond blanc.

Figure 3. Tube en polyéthylène conçu pour estimer le poids vif à partir des mesures du tour de poitrine.

Élaborer un tube de mesure du tour de poitrine

Les rubans à mesurer et les cordelettes sont fragiles et peuvent être difficiles à utiliser sur un sujet en mouvement. Les chercheurs de la North Carolina State University ont conçu une version plus rigide, en polyéthylène, du ruban à mesurer le tour de poitrine (figure 3) qui est facile à fabriquer et très bon marché (moins de 2,00 l’unité). Voici la marche à suivre pour la fabriquer, tel que présenté dans une vidéo réalisée en anglais par l’équipe de sensibilisation des entreprises porcines de la North Carolina State University.

Couper un morceau de tube en polyéthylène de 5 pieds (60 po) – un diamètre extérieur de 3/8 po convient tout à fait.

Fixer un ruban à mesurer à plat sur le sol ou une table.

Étirer au maximum le tube en polyéthylène et le fixer avec du ruban adhésif le long du ruban à mesurer de l’étape précédente.

En utilisant un marqueur permanent, tracer des graduations séparées d’un pouce sur le tube en commençant à 114 cm (45 po) jusqu’à 140 cm (55 po). Cet intervalle correspondra à un poids allant de 113 à 159 kg (de 250 à 350 lb).

Au moyen de deux rouleaux de ruban-cache de 1 po de large et de couleurs différentes, envelopper le tube en suivant les graduations et en alternant les couleurs.

Écrivez le poids correspondant sur chaque section de ruban-cache.

Répéter l’opération en allant vers l’autre extrémité du tube, de manière à ce que votre tube à mesurer le tour de poitrine puisse s’utiliser dans un sens comme dans l’autre.

Rubans pour mesurer le poids — de flanc à flanc

Lorsque les truies sont logées dans des stalles, il est difficile de mesurer leur tour de poitrine, car la partie antérieure de la truie est difficile d’accès. Pour cette raison, des chercheurs de la Kansas State University ont établi une relation entre le poids à vif de la truie et la mesure de flanc à flanc, qui peut remplacer celle du tour de poitrine. Ils ont constaté que la mesure de flanc à flanc donnait des résultats tout aussi exacts que celle du tour de poitrine (à 30 lb ou 13,6 kg près), avec toutefois des équations légèrement différentes.

La mesure de flanc à flanc est effectuée depuis le bas du flanc gauche jusqu’au bas du flanc droit, en passant sur le dessus de la truie (figure 4). La relation entre la mesure en pouces et les poids vifs est illustrée au tableau 3.

Photo d’une personne qui mesure une truie de flanc à flanc.

Figure 4. Mesure d’une truie de flanc à flanc footnote 3 .

Tableau 3. Poids d’une truie en livres et en kilogrammes selon la mesure de flanc à flanc (pouces) +/– 30 lb
Mesure de flanc à flanc Pouces Poids de la truie Livres Poids de la truie Kilogrammes
29,7 190 86,2
30,2 200 90,7
30,8 210 95,3
31,3 220 99,8
31,9 230 104,3
32,4 240 108,9
32,9 250 113,4
33,4 260 117,9
33,9 270 122,5
34,4 280 127,0
34,8 290 131,5
35,3 300 136,1
35,7 310 140,6
36,1 320 145,2
36,5 330 149,7
36,9 340 154,2
37,3 350 158,8
37,6 360 163,3
38,0 370 167,8
38,3 380 172,4
38,6 390 176,9
39,0 400 181,4

Source : Iwasawa et al., 2004, et Tokach, 2020 (communication personnelle).

Mesure de l’épaisseur du gras dorsal

On peut mesurer l’épaisseur du gras dorsal au moyen d’un scanner ultrasons (mode A ou B). Ces mesures sont généralement effectuées à la position P2 (c.-à-d. à une distance de 6 à 8 cm de la ligne médiane du corps au niveau de la dernière côte). Pour mesurer l’épaisseur du gras dorsal, les consignes peuvent varier légèrement selon l’appareil à ultrasons, et il est donc important de suivre les instructions du fabricant. Un gel de contact sera nécessaire pour obtenir une mesure exacte.

L’épaisseur optimale du gras dorsal des truies reproductrices peut varier selon la ligne génétique du porc. Travaillez avec votre fournisseur de solutions génétiques pour connaître l’épaisseur optimale pour votre élevage.

 Illustration montrant la partie postérieure de cinq porcs. Sous chaque photo, de gauche à droite, est décrit ce qui est perçu comme correspondant à la cote de l’état de chair en question. Ces cotes vont de 1 à gauche à 5 à droite.

Figure 5. Évaluation visuelle de l’état de chairselon une échelle de cinq cotes footnote 4 .

Évaluation de l’état de chair

L’état de chair peut être évalué en exerçant une pression du doigt et de la main sur différentes parties de la truie où se déposegénéralement la graisse, à savoir les côtes, la colonne et les os des hanches. Il est important d’évaluer chacune de ces trois parties pour évaluer l’état de chair, car l’emplacement des dépôts graisseux peut varier selon l’animal. Consultez un conseiller qualifié, p. ex., un vétérinaire ou un nutritionniste d’élevage porcin, pour établir les cotes cibles de chaque cheptel selon les facteurs qui lui sont propres (alimentation, lignes génétiques et stratégies de gestion). Habituellement, les truies se voient attribuer des cotes de 1 à 5, 1 désignant un état émacié (très maigre) et 5 l’obésité. La figure 5 illustre chacune de ces cotes assortie d’une explication.

L’état de chair d’une truie varie selon son cycle reproducteur. De ce fait, il est important d’obtenir plusieurs cotes d’état de chair tout au long de chaque cycle reproducteur. Le Code de pratiques du Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage présente des lignes directrices quant aux cotes cibles d’état de chair aux moments critiques du cycle de production (tableau 4).

Tableau 4. Lignes directrices concernant l’évaluation de l’état de chair aux moments critiques du cycle reproducteur
Moment critique Cote cible d’état de chair
Truies à la mise bas De 3 à 3,5, avec 80 % obtenant une cote de 3
Truies à la lactation et au sevrage De 2,5 à 3,5
Mesures correctives nécessaires Sous 2,5

Source : Code de pratiques applicable aux soins et à la manipulation des porcs du CNSAE, (2014).

Pied à coulisse pour l’évaluation de l’état de chair

Figure 6. Pied à coulisse pour l’évaluation de l’état de chair des truies, conçu par le Dr. Mark Knauer à la North Carolina State University.

Pied à coulisse pour l’évaluation de l’état de chair

En 2015, le Dr. Mark Knauer de la North Carolina State University a conçu un nouvel outil permettant d’éviter les aspects subjectifs de l’utilisation d’une échelle visuelle à 5 points pourévaluer l’état de chair des truies. Ce piedàcoulissequantifie l’angularité du dos de la truie et applique le degré de l’angle obtenu pour déterminer l’état de chair de la truie (angle étroit = trop maigre, angle large = trop grasse). On peut commander le pied à coulisse, illustré à la figure 6, en écrivant directement au Dr. Knauer à l’adresse mtknauer@gmail.com.

Références

Groesbeck, C. N., R.D. Goodband, J.M. DeRouchey, M.D. Tokach, S.S. Dritz, J.L. Nelssen, K.R. Lawrence et M.G. Young. « Using Heart Girth to Determine Weight in Finishing Pigs », Journée du porc de la Kansas State University, 2002 

Iwasawa, T., M.G. Young, T.P. Keegan, M.D. Tokach, S.S. Dritz, R.D. Goodband, J.M. DeRouchey et J.L. Nelssen. « Comparison of Heart Girth or Flank-to-Flank Measurements for Predicting Sow Weight », Journée du porc de la Kansas State University, 2002.

Johnson, C., K. Stalder et L. Karriker. « Sow Condition Scoring Guidelines », Iowa State University, 2006.

Knauer, M.T. et D.J. Baitinger. « The Sow Body Condition Caliper », Applied Engineering in Agriculture, vol. 31 (p. 175-178), 2015.

Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage. Code de pratiques pour le soin et la manipulation des porcs, 2014.

National Research Council (NRC). Nutrient Requirements of Swine, 2012.

North Carolina State Swine Extension Team. « A New Tool for Measuring the Heart Girth of Pigs », 2016. www.youtube.com/watch?v=iemmCZd9VVI

Young, M.G., M.D. Tokach, F.X. Aherne, R.G. Main, S.S. Dritz, R.D. Goodband et J.L. Nelssen. « Comparison of Three Methods of Feeding Sows in Gestation and the Subsequent Effects on Lactation Performance », Journal of Animal Science, vol. 82, p. 3058, 2004.

La présente fiche technique a été préparée par Laura Eastwood, spécialiste de la production porcine au MAAARO, à Stratford, et Jaydee Smith, spécialiste de la production porcine au MAAARO, à Ridgetown.