Introduction

Toute pelouse réclame des soins particuliers à l'automne. Même si l'été n'est alors plus qu'un souvenir, il y a fort à parier que la pelouse se ressent encore des sévices qu'elle a subis à la belle saison. La sécheresse, les maladies, les insectes et les mauvaises herbes peuvent en effet l'avoir laissée brune par endroits et clairsemée (figure 1). Voici donc des conseils sur la façon de redonner sa santé à la pelouse et de la préparer pour qu'elle survive à l'hiver et qu'elle verdisse rapidement au printemps.

La sécheresse, les maladies, les insectes et les mauvaises herbes peuvent en effet l'avoir laissée brune par endroits et clairsemée

Figure 1. Pelouse brune par endroits et clairsemée.

Fertiliser les pelouses endommagées

Les parties de la pelouse qui sont endommagées récupéreront plus rapidement si l'on effectue deux fertilisations à l'automne. La première, qui devrait être faite au début de l'automne (entre la mi-août et la mi-septembre), aidera le gazon à se remettre des sévices subis durant la saison de croissance. L'azote et la potasse stimuleront la croissance du gazon, lui redonneront fière allure et l'endurciront avant l'hiver. La fertilisation doit apporter 0,5 kg d'azote par section de 100 m2.

Effectuer un sursemis sur les parties gravement endommagées ou détruites

Un simple apport d'engrais n'est d'aucun secours là où les dommages sont trop importants. Il faut plutôt ensemencer la surface à réparer en distribuant uniformément la semence du mélange souhaité dans des directions perpendiculaires l'une à l'autre, puis s'assurer d'un bon contact sol-semence. L'aération de la pelouse à l'aide d'une carotteuse avant le sursemis assure parfois un meilleur contact sol-semence. Les espèces recommandées pour les sursemis sont : le ray-grass vivace, espèce généralement recommandée; la fétuque fine, pour les situations ombragées ou devant réclamer peu d'entretien; et la fétuque élevée, pour les peuplements devant résister à la sécheresse. Voici les taux de semis à respecter :

  • ray-grass vivace : 2–4 kg/100 m2
  • fétuque fine : 1–3 kg/100 m2
  • fétuque élevée : 2–3 kg/100 m2

Figure 2. Carottes de terre laissées sur la pelouse après l'arération de celle-ci par carottage.

Figure 2. Carottes de terre laissées sur la pelouse après l'arération de celle-ci par carottage.

Le passage d'un rouleau sur les zones nouvellement ensemencées favorise la levée. Arroser le semis fréquemment pour s'assurer d'une bonne germination. Le moment idéal pour effectuer un sursemis est entre la mi-août et la mi-septembre.

Maîtriser le feutre racinaire à l'automne

Le feutre racinaire (que certains appellent chaume erronément) abrite des organismes pathogènes, notamment l'agent responsable de la moisissure des neiges. Lorsque le feutre racinaire est trop épais, le point végétatif des brins d'herbe se trouve surélevé. Comme le sol a des propriétés isolantes que le feutre racinaire n'a pas, le gazon se trouve alors privé de cette protection et il est donc plus vulnérable à la destruction par l'hiver. Le moment idéal pour le défeutrage (improprement appelé déchaumage) est le même que pour le sursemis et la première fertilisation d'automne. Il y a deux façons de maîtriser le feutre racinaire : l'aération par carottage et le défeutrage. L'aération par carottage consiste à retirer des carottes de terre de la pelouse (figure 2), ce qui brise le feutre racinaire et ramène en surface de la terre renfermant des microorganismes. Ces microorganismes assurent la décomposition du feutre racinaire. Le défeutrage, ou tonte verticale, se pratique à l'aide d'un appareil qui coupe le feutre à la verticale, ramenant à la surface de la pelouse des débris qu'il faut ensuite enlever par un râtelage, puis éliminer.

Enlever les feuilles mortes avant les premières neiges

Les feuilles mortes laissées sur une pelouse privent celle-ci de lumière et peuvent la faire mourir. On peut soit enlever les feuilles, soit les pulvériser avec une tondeuse déchiqueteuse et les laisser se décomposer sur la pelouse. Des recherches montrent qu'un paillis constitué d'une couche de feuilles d'au plus 15 cm n'endommagera pas une pelouse. S'assurer d'employer une tondeuse déchiqueteuse aux lames bien affûtées.

Bien régler la hauteur de coupe

À l'automne, il faut élever légèrement la hauteur de coupe. La profondeur des racines étant proportionnelle à la hauteur des brins d'herbe, plus ceux-ci sont hauts, plus les racines seront profondes. Un gazon plus long procure par ailleurs une certaine isolation au collet (point végétatif) du brin d'herbe. Par contre, si le gazon est trop long quand l'hiver arrive, il aura tendance à se coucher et à former un tapis propice à l'éclosion de maladies hivernales comme la moisissure rose des neiges et la moisissure grise des neiges.

Faire une fertilisation de fin de saison

Pour obtenir une bonne survie hivernale et accélérer le verdissement au printemps, faire un épandage d'engrais quand le gazon a cessé de pousser mais qu'il est encore vert, ce qui survient habituellement au cours de la dernière quinzaine d'octobre. Le choix du moment est crucial. Si elle est faite trop tôt à l'automne, la fertilisation entraînera une croissance luxuriante qui rendra la pelouse plus vulnérable à la destruction par l'hiver. Si elle est faite trop tard à l'automne, elle ne sera d'aucune utilité au gazon. Si l'on procède à une fertilisation de fin d'automne, on peut repousser la fertilisation printanière jusqu'à la fin mai ou au début juin. Le taux d'application pour la dernière fertilisation de la saison est le même que pour la fertilisation de début d'automne, soit 0,5 kg d'azote par section de 100 m2.

Principes régissant la fertilisation de fin de saison

  • Les racines prélèvent l'azote même quand la croissance de la partie aérienne a cessé. C'est qu'elles demeurent actives plus longtemps que la partie aérienne une fois que les températures ont baissé.
  • L'azote améliore la couleur de la pelouse à l'automne et, du coup, sa teneur en chlorophylle. Qui dit teneur accrue en chlorophylle dit activité photosynthétique accrue.
  • La stimulation de la photosynthèse se traduit par davantage de sucres. Comme le gazon ne pousse plus au moment de la fertilisation, les sucres qui sont produits ne sont pas utilisés pour la croissance, mais emmagasinés de manière à favoriser la survie hivernale et le verdissement au printemps.
  • Ces sucres rendent les brins d'herbe moins vulnérables au gel. On peut faire une analogie avec une bouteille de jus qui mettra plus temps à geler au congélateur qu'une bouteille d'eau. Les cellules des graminées sont remplies de sucres et par conséquent mettent plus de temps à geler et gèlent à des températures plus basses.
  • Les apports d'azote en fin de saison favorisent un enracinement profond à l'automne, ce qui permet aux plants d'amorcer le printemps et l'été avec des racines plus saines et plus profondes.
  • Le verdissement est précoce au printemps étant donné que l'azote emmagasiné dans les racines est déjà disponible quand la croissance reprend.

Profiter des bonnes conditions de croissance qu'offre l'automne pour aider les pelouses à se remettre des sévices subis durant l'été. Avec deux fertilisations, effectuées à des moments judicieusement choisis à l'automne, la pelouse survivra mieux à l'hiver, verdira plus tôt le printemps suivant et aura des racines plus profondes qui lui permettront de mieux résister à la sécheresse l'été venu (figure 3).

Figure 3. Les parties d'un vert plus intense ont été fertilisées en fin de saison.

Figure 3. Les parties d'un vert plus intense ont été fertilisées en fin de saison.

La version anglaise de cette fiche technique a été rédigée par Pam Charbonneau, spécialist des gazons, MAAARO, Guelph.