Introduction

Choisir de s’adonner à telle culture ou à tel élevage est une grosse décision pour tout exploitant agricole. Celui-ci doit appuyer sa décision sur les coûts de production associés à l’activité envisagée.

L’exploitant doit donc établir un budget des « coûts de production » pour cette activité. L’activité peut être une culture ou un élevage qui débouche sur un produit commercialisable. L’établissement d’un budget des coûts de production consiste à évaluer les coûts et produits d’exploitation associés à une activité. La présente fiche technique indique comment établir un budget des coûts de production et comment s’en servir dans les décisions touchant une exploitation.

Qu’est-ce qu’un budget des coûts de production

Il peut y avoir des variantes, mais, en général, un budget des coûts de production comprend les rubriques suivantes :

  • Produits d’exploitation – produits d’exploitation bruts tirés de la vente des produits de la culture ou de l’élevage avant retranchement de toute charge d’exploitation
  • Coûts variables directs – coûts directement affectables à un produit et dont le montant varie en fonction du volume de production (c’est-à-dire coûts liés aux semences, aux engrais, aux pesticides et aux aliments pour animaux)
  • Coûts variables indirects – coûts engagés dans la production de tous les produits à la ferme (c’est-à-dire coûts liés au carburant, à la main-d’œuvre et aux services publics), dont le montant varie lui aussi en fonction du volume de production
  • Coûts fixes – coûts dont le montant est indépendant du volume de production (c’est-à-dire coûts liés aux impôts fonciers, à l’assurance-incendie et à l’amortissement)
  • Bénéfice net (perte nette) – écart positif (négatif) entre le total des produits d’exploitation et le total des coûts variables et des coûts fixes

Comment se servir des coûts de production

En agriculture, les décisions d’affaires doivent absolument s’appuyer sur une connaissance des coûts de production.

Décisions sur les activités à exercer

Si possible, pour chacune des activités pratiquées, analyser les coûts de production des 3 à 5 dernières années. L’on saura ainsi l’incidence de chacune sur la situation financière de l’exploitation entière, en plus de repérer les activités qui sont rentables et celles qui ne le sont pas.

Décisions d’achat et de commercialisation

Les objectifs de prix pour les facteurs de production (intrants) et la production (extrants) peuvent être établis en fonction du seuil de rentabilité correspondant à différents coûts. Il est important de connaître le seuil de rentabilité (point mort), car cette information permet de saisir rapidement les occasions d’achat ou de vente qui se présentent. Voici des formules permettant d’exprimer de différentes façons le seuil de rentabilité :

Prix de vente au seuil de rentabilité en fonction des coûts variables

Total des coûts variables ÷ production prévue
= $ par unité produite

Il s’agit du prix plancher nécessaire pour couvrir les coûts variables.

Prix de vente au seuil de rentabilité en fonction du total des coûts

Total des coûts ÷ production prévue
= $ par unité produite

Il s’agit du prix plancher nécessaire pour couvrir l’ensemble des coûts engagés.

Production au seuil de rentabilité

Total des coûts ÷ prix de vente prévu
= Unité produite

Il s’agit de la production minimale nécessaire pour couvrir l’ensemble des coûts engagés.

Décisions d’investissement

Faire les bons investissements dans des immobilisations (par exemple terres, machinerie et bâtiments) est crucial pour la prospérité à long terme d’une entreprise. L’information sur les coûts de production renseigne sur le montant qu’un exploitant peut se permettre de payer pour ces éléments d’actif. Il est important de passer en revue les investissements qui ne permettront pas de récupérer le total des coûts engagés et de réaffecter les ressources à des activités plus rentables.

Établissement d’un budget des coûts de production

Pour avoir de l’information fiable sur les coûts de production, il faut d’abord et avant tout faire une bonne tenue de livres. Si un système de tenue de livres ne permet pas d’établir des coûts de production estimatifs, il faut le changer. Il existe de nombreux tableaux imprimés, dont la publication 540F du Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales (MAAARO), Livre de comptabilité agricole de l’Ontario, qui permettent de consigner les produits et les charges liés aux différentes activités de l’entreprise. Un logiciel de comptabilité agricole facilite le suivi de cette information.

Les données historiques et les projections

Les prévisions budgétaires reposent soit sur des données historiques soit sur des projections. Les données historiques sont les résultats réellement obtenus par l’exploitation; elles reflètent le rendement passé de celle-ci.

Les projections sont des estimations d’une situation future. Elles reposent généralement sur l’approche des systèmes de production. Les quantités utilisées des différents intrants (tels que les taux de semis, les taux d’engrais et les quantités d’aliments donnés) sont décrites. Les besoins en main-d’œuvre et les besoins d’investissement en installations et en équipement sont relevés.

Les prix des intrants, les taux de main-d’œuvre et les coûts d’investissement sont ensuite appliqués pour obtenir le coût de production annuel estimé pour le système de production. Cette approche est utile du point de vue de la planification, car elle permet de détailler les ressources nécessaires à l’entreprise et de cerner les domaines susceptibles d’accroître l’utilité des intrants ou la productivité.

Le coût unitaire et l’unité de production

Dans l’établissement d’un budget, la mesure des coûts peut s’exprimer par unité produite ou par unité de production.

  • Les coûts par unité produite correspondent aux mesures habituelles du rendement d’une culture ou d’un élevage (par exemple, les coûts par boisseau de maïs, par porc de marché vendu ou par tonne de raisin).
  • Les coûts par unité de production rendent compte des coûts par unité de base servant à produire les extrants ou le rendement (par exemple, les coûts par hectare de terre, par pied carré de superficie de serre, par truie, par vache ou par brebis).

Comme les unités de production restent passablement constantes pendant tout le processus de production, les budgets sont habituellement établis en fonction des unités de production.

À partir des coûts d’exploitation par unité de production, utiliser différents niveaux de rendement pour déterminer les coûts unitaires.

Estimation des produits d’exploitation

En recourant aux données historiques, on multiplie le prix moyen par le rendement moyen pour arriver au produit d’exploitation généré par l’activité.

Si l’on effectue des projections, on peut utiliser les données historiques relatives au prix moyen ou au rendement moyen ou encore le prix prévu ou le rendement prévu, selon le but visé par le budget. Pour obtenir des prévisions fiables, utiliser soit :

  • les moyennes des cinq dernières années pour les prix et les rendements, ou
  • un prix du marché rajusté en fonction du mois où la vente devrait être effectuée

Exemple

Rendement moyen à l’hectare du raisin Vidal
× prix du marché moyen
= produits d’exploitation générés par la culture de ce raisin

23,8 tonnes/hectare
× 674 $ par tonne
= 16 007,50 $ par hectare

Estimation des coûts rattachés à l’activité

La difficulté pour bien des exploitants dans l’établissement d’un budget des coûts de production réside dans l’attribution des coûts à une activité précise. Et plus les exploitations sont diversifiées, plus les choses se compliquent.

Dresser d’abord une liste des activités de l’entreprise. Les inclure toutes, même celles qui sont utiles à d’autres activités, comme la culture du foin qu’on sert aux animaux. Calculer les coûts associés aux activités de culture destinées à l’affouragement est utile pour déterminer s’il ne serait pas plus économique d’acheter le fourrage plutôt que de le produire.

Répartir les coûts entre chacune des activités. Établir ensuite une estimation des coûts des activités à l’aide des trois méthodes suivantes : données historiques, valeur marchande et formules.

Utilisation des données historiques

Les données fournies par les livres comptables peuvent servir à appliquer la méthode des coûts variables et à répartir, entre les activités, les coûts engagés pour toute l’exploitation.

Coûts variables

La méthode des coûts variables utilise le montant réellement payé pour chaque élément du coût de revient d’une activité. L’établissement de ces coûts oblige à se doter de registres propres à chaque activité. La méthode des coûts variables (ou méthode des coûts directs) est la meilleure pour estimer les coûts variables directs parce qu’elle utilise les prix et les quantités réels, ce qui fournit l’indication la plus fiable des coûts de production.

Répartition des coûts engagés pour l’ensemble de l’exploitation

La répartition des coûts engagés pour l’ensemble de l’exploitation consiste à répartir chaque élément entre les différentes activités, selon un mode de répartition précis. Il peut être difficile de répartir ces coûts puisqu’ils ne sont pas engagés pour une activité en particulier, mais pour l’ensemble de l’exploitation.

Voici des exemples de coûts engagés pour l’ensemble de l’exploitation :

  • publicité
  • services publics
  • droits d’adhésion ou frais d’abonnement
  • frais de bureau
  • honoraires professionnels
  • fonctionnement du matériel roulant
  • petit outillage
  • impôt foncier
  • primes d’assurance (incendie et responsabilité civile)

Il s’agit de répartir les coûts engagés pour l’ensemble de l’exploitation, de manière à arriver à un total des coûts de production pour une activité donnée. Cette répartition ne doit cependant avoir aucun effet sur les activités choisies, qui doivent rester les mêmes avant et après la répartition.

Méthodes de répartition courantes des coûts engagés pour l’ensemble de l’exploitation

  • Pourcentage de la marge sur les coûts directs (voir la rubrique Interprétation d’un budget des coûts de production pour obtenir de l’information sur la marge brute) – la méthode qu’il est recommandé d’utiliser. Par exemple, si un produit représente 30 % de la marge brute de l’exploitation, 30 % des coûts indirects devraient être imputés à ce produit. Utiliser l’une des autres méthodes ci-dessous s’il y a de bonnes raisons de le faire.
  • Pourcentage du chiffre des ventes – répartition des coûts en fonction de la contribution de l’activité au chiffre d’affaires brut
  • Pourcentage des coûts totaux – répartition des coûts proportionnellement à la part des coûts de l’ensemble de l’exploitation qui sont attribuables à l’activité
  • Nombre de passages-hectares (acres) – nombre de passages de la machinerie; par exemple on tiendrait compte du fait que le semis direct sollicite moins la machinerie que le travail du sol suivant des méthodes traditionnelles.
  • Heures travaillées – répartition des coûts de main-d’œuvre entre les activités. Le suivi des heures d’utilisation des machines par activité peut être un moyen efficace de répartir ces coûts.
  • Méthode personnelle – toute méthode mise au point par l’expérience et propre au site ou à l’exploitation

Aucune méthode ne convient à toutes les exploitations, ni à toutes les activités, ni même à tous les types de coûts; il se peut qu’il faille recourir à différentes méthodes. Utiliser la méthode la plus logique dans le contexte de l’exploitation agricole et des différents coûts.

Dans la mesure où il n’y a pas de changement important aux activités de l’exploitation, faire preuve de constance dans la façon de répartir les coûts. Les comparaisons d’une année à l’autre seront ainsi plus valables.

Valeur marchande

La méthode de la valeur marchande part des prix courants pour déterminer les coûts estimatifs. Cette méthode est couramment utilisée pour les coûts engagés au titre des biens-fonds, de la main-d’œuvre et de la machinerie, par exemple.

Pour connaître la valeur estimative des biens-fonds, on utilise surtout le taux de location au comptant, car ce taux couvre en général tous les coûts rattachés à la propriété d’une terre agricole et reflète mieux la valeur agricole de celle-ci.

Les besoins en main-d’œuvre de la ferme peuvent être comblés à la fois par des travailleurs rémunérés et par des travailleurs non rémunérés. Pour évaluer ces coûts, multiplier le nombre total d’heures (rémunérées et non rémunérées) nécessaires à la poursuite d’une activité par le taux horaire en cours.

Les coûts de machinerie peuvent être plus difficiles à évaluer activité par activité. Souvent, les exploitants établissent les estimations à ce chapitre en se fiant aux tarifs demandés pour les mêmes opérations réalisées à forfait.

Le revers de l’utilisation des valeurs marchandes, c’est qu’elles risquent de ne pas refléter avec précision la situation propre à l’exploitation. Il peut en effet y avoir un écart considérable entre les prix courants et les coûts réels. Se fier à ses propres registres demeure le meilleur moyen d’obtenir des estimations fiables.

Formules

L’application de formules est particulièrement utile pour évaluer les coûts des immobilisations associés à la machinerie agricole et aux bâtiments de ferme. Cette méthode prend en considération le prix des carburants, le coût des réparations, les frais de remplacement et la durée de vie utile restante, et réunit tous ces facteurs dans une formule qui fournit une estimation des coûts fixes et des coûts variables annuels.

Voir les fiches techniques du MAAARO intitulées comment calculer les coûts des machines agricoles et contrats de location de bâtiments agricoles pour obtenir de l’information détaillée sur l’utilisation de formules ainsi que des tables servant au calcul des coûts de la machinerie et des bâtiments.

Résumé des méthodes d’estimation

Il n’y a rien de mal à utiliser des méthodes d’estimation différentes pour différents coûts. L’American Agricultural Economics Association (AAEA) recommande plusieurs méthodes en fonction des coûts en jeu, au cas par cas. Choisissez une méthode d’estimation qui repose sur les renseignements dont vous disposez. Il vaut toujours mieux se fier à ses propres registres; c’est la méthode qui fournit les estimations les plus justes des coûts de production.

Méthodes d’estimation recommandées par l’AAEA selon la nature des coûts

Coûts de production directs
  • achat de marchandises (semences, animaux, céréales)
  • engrais et amendements de sol
  • pesticides et traitements chimiques
  • minéraux, sels et aliments préparés
  • engraissement à façon
  • honoraires de vétérinaire, médicaments et coûts de reproduction
  • primes d’assurance (récolte ou production)
  • autres fournitures (cultures ou élevages)
Dépenses de l’ensemble de l’exploitation
  • fonctionnement du matériel roulant
  • petit outillage
  • contenants et ficelle
  • analyses de sol
  • frais de bureau et honoraires juridiques et comptables
  • frais de publicité et de promotion
  • frais d’adhésion, d’inscription, d’abonnement et de délivrance de permis
  • frais d’intérêt et de location du matériel roulant
  • services publics (électricité, téléphone, combustible à chauffage)
  • autres primes d’assurance
  • impôt foncier
Valeur marchande
  • main-d’œuvre
  • travaux agricoles à forfait
  • transport et expédition
  • commissions et redevances
  • entreposage et séchage
  • coûts de location (terres, bâtiments, pâturages)
  • crédit-bail/location de machinerie
Estimation fondée sur des formules
  • machinerie (essence, diesel, carburant, huile)
  • machinerie (réparations, immatriculation, assurance)
  • réparation des bâtiments et des clôtures
  • amortissement (bâtiments et machinerie)
  • intérêts (droits d’exploitation)
  • intérêts (prêts immobiliers, hypothécaires et à terme)

L’AAEA publie des lignes directrices sur l’établissement des budgets de coûts de production dans le Commodity Cost and Returns Estimation Handbook (en anglais seulement).

Autres considérations liées aux coûts

Coûts d’établissement – les cultures vivaces n’entrent en production qu’après une période d’« établissement ». Les coûts engagés pendant cette période non productive doivent être récupérés durant les années de production. Les budgets annuels établis pour chacune des années de production doivent donc tenir compte des coûts d’établissement estimatifs répartis sur le nombre d’années de production prévu pour la culture.

Amortissement – l’amortissement est un coût sans décaissement réel qui mesure la perte de valeur que subissent la machinerie et les bâtiments au fil du temps. Il s’agit de la portion du coût de la machinerie et des bâtiments qui est passée en charge chaque année. Les coûts sont ainsi étalés sur l’ensemble de la durée de vie utile de l’élément d’actif.

Le taux d’amortissement utilisé aux fins de l’impôt ne reflète généralement pas cette durée de vie utile. À des fins de gestion des affaires, il convient d’utiliser un taux qui reflète mieux la durée de vie utile de l’élément d’actif.

Intérêts

Intérêts payés sur les prêts – Ces intérêts correspondent aux intérêts réellement payés sur les prêts en cours. Ils donnent une bonne idée des besoins de trésorerie, sans toutefois rendre compte de ce qu’il en coûte pour garder l’argent investi dans l’exploitation.

Intérêts sur les investissements – Ces intérêts comptabilisent ce qu’il en coûte pour garder l’argent investi dans l’exploitation, sous forme de capitaux propres. Ce coût correspond à ce qu’on appelle le « coût d’opportunité » ou « coût du sacrifice »; il s’agit du manque à gagner causé par la renonciation à placer la même somme dans ce qui aurait aussi été un bon placement.

Le taux d’intérêt utilisé devrait refléter le rendement de placements prudents, qui pourrait être obtenu sur le marché en cours, par exemple le taux des CPG, le rendement des bons du Trésor ou le taux d’intérêt débiteur en cours sur le crédit à l’exploitation. Cela permet d’attribuer un coût d’intérêt à la partie de l’exploitation qui est financée par des capitaux propres.

Pour illustrer cela, prenons l’exemple d’une exploitation agricole dont les actifs sont évalués à 1 000 000 $, dont 25 % sont financés par une dette bancaire et 75 % par des capitaux propres.

Exemple

1 000 000 $ en actifs agricoles × 25 % de la valeur des actifs
= 250 000 $ en prêts

1 000 000 $ en actifs agricoles × 75 %
= 750 000 $ en capitaux propres

Intérêts payés sur les prêts (coût au comptant)
= 250 000 $ × 5 % (taux d’intérêt sur les prêts)
= 12 500 $ par année (intérêts payés sur les prêts)

Intérêt sur l’investissement (coût sans décaissement)
= 750 000 $ × 3 % (taux d’intérêt sur l’investissement)
= 22 500 $ par an (intérêt sur l’investissement)

Coût annuel total des intérêts pour l’exploitation
= 12 500 $ + 22 500 $ = 35 000 $

Coûts liés au remplacement des animaux et aux pertes attribuables à la mortalité

Il faut prendre en compte les coûts de remplacement des animaux d’élevage, que ceux-ci soient élevés à la ferme ou achetés. Ces coûts sont normalement évalués à la valeur marchande. Le coût de remplacement correspond à l’écart net entre la valeur marchande estimative des animaux de remplacement et la valeur estimative des animaux réformés, multiplié par le taux de remplacement. Le taux de remplacement tient compte du taux de réforme des animaux et du taux de mortalité.

Exemple

Coût de remplacement des truies :

Taux de réforme = 35 %

Taux de mortalité = 5 %

Valeur d’un animal de remplacement = 300,00 $

Valeur d’un animal réformé – 150,00 $

Valeur nette = 150,00 $

Coût de remplacement
= valeur nette × (taux de réforme + taux de mortalité)
= 150 $ × 40 %
= 60 $ par truie par année

Comme les animaux élevés en vue d’être vendus ne vivent pas tous jusqu’au moment de leur vente, il faut tenir compte des mortalités éventuelles. On doit utiliser un taux de mortalité raisonnable pour réduire le nombre d’animaux qu’on s’attend à vendre. Ainsi, le coût des animaux morts en cours de production sera pris en compte dans le prix des animaux qui seront effectivement vendus sur le marché.

Interprétation d’un budget des coûts de production

Le budget des coûts de production permet de calculer 3 marges différentes :

  • La marge brute
  • La marge sur coût direct
  • La marge bénéficiaire

Commencer par calculer la marge brute, puis la marge sur coût direct, et finir par la marge bénéficiaire. Chacune des marges fournit de l’information utile à la prise de décisions à l’échelle de l’exploitation. La consultation de l’annexe 1 aidera à avancer dans ce processus.

Marge brute

La marge brute correspond à l’excédent des produits d’exploitation sur les coûts variables directs ou les coûts rattachés à la production. Dans le cas des cultures, ces coûts comprennent les coûts engagés pour les semences, les engrais, les pesticides, l’assurance-récolte et la commercialisation. Dans le cas des élevages, ils comprennent les coûts engagés pour les aliments pour animaux, les achats d’animaux, l’engraissement à façon, les soins de santé, la reproduction et la commercialisation. Il s’agit de la marge qui est la plus facile à calculer étant donné qu’elle tient compte des coûts qui sont directement rattachés aux cultures ou aux élevages.

La marge brute est une mesure de la capacité de l’exploitation à convertir les intrants directs de production en produits commercialisables. Une faible marge brute peut indiquer des problèmes de productivité en matière de rendement ou de commercialisation, entraînant une baisse des prix reçus ou un contrôle direct du coût des intrants.

On utilise la marge brute pour obtenir rapidement une base de comparaison dans les décisions à prendre à court terme entre différentes possibilités de cultures. Si une nouvelle culture ne s’assortit d’aucune exigence supplémentaire en main-d’œuvre et en machinerie, les différences de coûts les plus marquées d’une culture à l’autre seront vraisemblablement observées au niveau des coûts variables directs. La marge brute renseigne sur l’éventuelle contribution d’une activité à la couverture des coûts indirects ainsi que sur son importance, ce qui permet d’établir des comparaisons entre diverses activités.

Marge sur coût direct

La marge sur coût direct correspond à l’excédent des produits d’exploitation sur tous les coûts variables. Son calcul oblige à répartir les coûts engagés pour l’ensemble de l’exploitation afin que chaque activité assume sa quote-part de ces coûts. On utilise la marge sur coût direct pour décider de la pertinence d’investir dans des immobilisations pour une activité donnée. Les immobilisations sont des biens qu’on a l’intention de conserver longtemps et qui, par conséquent, ont une durée de vie utile supérieure à un an. Elles comprennent les terres, les bâtiments, la machinerie et les contingents.

Si la marge sur coût direct est faible, il s’agit de voir s’il est raisonnable de penser qu’on peut soit réduire les coûts, soit accroître les produits d’exploitation pour améliorer cette mesure. Une marge sur coût direct positive indique que l’activité contribue à la couverture d’une partie ou de la totalité des coûts fixes de l’exploitation.

Si, par exemple, l’activité couvre la totalité des coûts variables et une partie seulement des coûts fixes, il est envisageable à court terme de maintenir l’activité et de rechercher des moyens de comprimer les coûts et d’augmenter les produits d’exploitation pour que l’activité en vienne à couvrir la totalité des coûts.

Marge bénéficiaire

La marge bénéficiaire correspond à l’excédent des produits d’exploitation sur l’ensemble des coûts variables et des coûts fixes. Sans profit à long terme, une entreprise agricole n’est pas viable. Pour qu’elle le soit, il faut que chacune de ses activités couvre l’ensemble des coûts et procure un rendement à l’exploitant.

Les risques et le budget des coûts de production

L’agriculture est un secteur d’activité qui comporte son lot de risques. Pour réaliser un profit, on doit courir un risque. Le secret est d’apprendre à gérer ce risque. Pour s’aider dans les décisions à prendre, il faut absolument se doter d’outils permettant d’évaluer de manière raisonnable les rendements, les coûts et les prix. Les prévisions seules ne sont toutefois pas suffisantes pour prendre de bonnes décisions. Un exploitant doit aussi soupeser les risques et ne pas se limiter uniquement aux scénarios les plus probables. De plus, il doit envisager le pire et se demander ce qui se passerait : si les conditions météorologiques étaient moins bonnes que prévu, si les prix courants étaient plus bas que prévu, si des insectes ou une maladie devaient abaisser les rendements ou accroître le taux de mortalité, si de la grêle ou une inondation devait détruire complètement une récolte, et cetera.

Comme de nombreux risques (les « si ») peuvent affecter les rendements, les prix et les coûts, il est très peu probable que les rendements nets réels correspondent exactement aux prévisions. Il est très important, dans l’établissement d’un budget, de comprendre et de prévoir ces aléas.

Pour évaluer les répercussions possibles de facteurs de risque liés à la production et à la commercialisation, et juger du mérite de diverses stratégies de gestion des risques, se rendre sur le site consacré à la gestion des entreprises agricoles, puis sur le lien Outils de budgétisation. Dans le budget présenté pour chaque marchandise, les prévisions sont établies en fonction du scénario le plus probable de même qu’en fonction de scénarios optimistes et pessimistes pour les principaux facteurs de risque cernés. À partir des données saisies, l’outil établira les risques que comporte l’activité.

Résumé

Connaître ses coûts de production est indispensable à la prise de décisions en agriculture. C’est le premier effort à faire pour maîtriser ces coûts. Pour avoir de l’information fiable sur les coûts de production, il faut d’abord et avant tout une bonne tenue de livres. Si le système de tenue de livres qu’on utilise ne permet pas de faire une estimation des coûts de production associés à une activité donnée, il faut le changer sans tarder.

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Bibliographie

  • Commodity Costs and Returns Estimation Handbook, American Agricultural Economics Association, février 2000

Fiches techniques du MAAARO

Autres ressources du MAAARO utiles aux exploitations agricoles

Fiches techniques :

Ressources sur Internet

Budgétisation des cultures et du bétail en Ontario — Direction de la gestion d’entreprises agricoles, MAAARO. Les budgets de production (culture ou élevages) de l’Ontario sont offerts en format Excel.

Budget Library — Université du Minnesota. Recueil de logiciels et d’information sur des budgets courants de partout aux États-Unis.

La présente fiche technique a été rédigée par John Molenhuis, spécialiste de l’analyse des activités commerciales et des coûts de production, MAAARO.