Contexte

Le vieillissement de la population du Canada en général a été attesté par de nombreuses sources et a fait l’objet de recherches approfondies; toutefois, les défis liés au vieillissement au sein des collectivités métisses, inuites et des Premières Nations (autochtones) font l’objet de recherches moins vastes. Bien que les récentes initiatives fédérales et provinciales visent à tenir compte des dimensions sociales et physiques du vieillissement dans les collectivités urbaines et rurales, les recherches sur les CAA menées auprès des collectivités autochtones, et menées par des chercheurs autochtones, sont relativement limitées. L’importance démographique et stratégique de la planification liée aux CAA n’est pas moins importante pour les collectivités autochtones que pour l’ensemble de la population canadienne, et pourrait en fait constituer une question stratégique plus urgente. Bien que les Autochtones représentent une population relativement jeune (c.-à-d. âge médian de 27 ans) et une faible proportion (c.-à-d. 4 %) de la population canadienne, la population autochtone a augmenté de 25 % depuis le Recensement de 2001, comparativement à une hausse de 5 % de la population non autochtone au cours de la même période. De même, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans se définissant comme Autochtones a plus que doublé entre 2006 et 2016.footnote 1

En plus de l’évolution des caractéristiques démographiques, la situation sociale et économique des aînés qui vivent dans les réserves, dans les centres urbains ou dans les collectivités éloignées souligne la nécessité de répondre aux besoins des Autochtones âgés et d’élaborer un cadre lié aux CAA pour ce faire. Voici des exemples :

  • Les taux de maladies chroniques comme l’arthrite, le cancer et les maladies cardiovasculaires augmentent chez les aînés et sont plus répandus que chez les personnes âgées non autochtones. Les recherches ont révélé que les maladies cardiovasculaires sont plus répandues (77 %) chez la population métisse de l’Ontario que chez le reste de la population de la province.footnote 2
  • Pour les personnes âgées autochtones vivant dans des réserves et des collectivités du Nord isolées géographiquement, les services de santé préventifs et de traitement connaissent une pénurie de ressources organisationnelles et humaines.footnote 3 Les personnes âgées autochtones vivant dans des collectivités rurales et de petites collectivités urbaines ne font pas face à ces défis dans la même mesure. Lorsqu’il s’agit d’examiner l’accessibilité des services de santé et des services sociaux, il est important de tenir compte des options de transport offertes.
  • En outre, le manque d’infrastructure (p. ex. routes, service Internet à large bande) dans les régions rurales et éloignées de la province nuit à la capacité des personnes âgées autochtones d’avoir accès aux programmes et aux services qui améliorent leur qualité de vie. Cela augmente la probabilité d’isolement social, ainsi que de mauvais résultats sur les plans de la santé et de l’emploi.
  • Le défi de l’accès aux services de santé et aux services sociaux est exacerbé par l’exode des jeunes et des femmes d’âge moyen à la recherche de possibilités économiques dans les grandes collectivités. Par conséquent, les traditions intergénérationnelles en matière de prestation de soins (tant pour les aînés que par les aînés pour les petits enfants), d’échange de connaissances culturelles et de respect ont été rompues et ne peuvent souvent pas être remplacées par des programmes non autochtones externes.footnote 4
  • De nombreuses personnes âgées inuites, métisses et des Premières Nations sont en moins bonne santé physique et mentale en raison de la perturbation de leur mode de vie causée par la colonisation, plus particulièrement les effets et les traumatismes intergénérationnels de l’expérience vécue dans les pensionnats indiens.
  • Les besoins en matière de santé des personnes âgées autochtones sont amplifiés par les déterminants de la santé comme la pauvreté, les mauvaises conditions de logement, le racisme, les barrières linguistiques et les différences culturelles.footnote 5
  • La prévalence du faible revenu chez les personnes âgées des Premières Nations vivant hors réserve en Ontario est de 18,2 % (15,1 % chez les hommes, 20,7 % chez les femmes), ce qui est plus élevé que le taux chez les personnes âgées non autochtones, soit 12,0 % (10,0 % chez les hommes, 13,8 % chez les femmes).footnote 6
  • Les fournisseurs de soins de santé non autochtones ne se rendent pas compte de la façon dont la culture et la santé sont inextricablement liées ni de la mesure dans laquelle elles le sont. La frustration et l’insatisfaction à l’égard des services sociaux et des services de soins de santé contraignent de nombreux aînés autochtones à éviter d’utiliser les services offerts.footnote 7

À l’instar des personnes âgées non autochtones, les personnes âgées autochtones cherchent en grande partie à vieillir chez elles parmi les relations familiales et communautaires qui leur procurent une confiance en soi et une capacité continue de fonctionner et d’apporter une contribution à leur collectivité.footnote 8 L’importance de la planification liée aux CAA pour les collectivités autochtones est de plus en plus grande. Étant donné que la proportion de personnes âgées autochtones devrait augmenter au cours des 5 à 10 prochaines années, l’isolement géographique et les problèmes de capacité pour ce qui est d’offrir des soins adaptés aux réalités culturelles et sécuritaires nuisent à la capacité des personnes âgées autochtones de bien vieillir et de vieillir chez elles.

Mobiliser les collectivités, les organisations ou les nations autochtones dans le cadre de la planification et de la mise en œuvre des CAA

Avis relatif à la COVID-19 :

Il se peut que les activités en personne ne soient pas appropriées dans votre collectivité tant que la COVID-19 demeure active en Ontario. Toutes les activités et mesures de planification, de mise en œuvre et d’évaluation doivent suivre les conseils de santé publique locaux pour prévenir et enrayer la propagation de la COVID-19.

Consultez la Ressource de planification des événements à distance pour les collectivités-amies des aînés pour obtenir des renseignements et des conseils sur l’organisation de réunions virtuelles sécuritaires et accessibles.

Les collectivités autochtones ne sont pas homogènes et n’ont pas été touchées de la même façon par leur situation environnementale, sociale et économique. Les peuples autochtones de l’Ontario sont exceptionnellement diversifiés à bien des égards, notamment en ce qui a trait à la culture, à la langue, à la gouvernance et à l’histoire. La reconnaissance et l’acceptation de cette diversité sont essentielles à la mobilisation significative et efficace des collectivités autochtones, ce qui ne peut être assuré que par la communication et le dialogue directs. Au-delà de la diversité sociale et culturelle, les collectivités autochtones ont des conceptions différentes de la mobilisation significative et des degrés d’engagement à l’égard des processus de recherche et d’élaboration de politiques.

Les résultats du sondage annuel de 2018 de l’Initiative de soutien aux collectivités-amies des aînés révèlent que 27 CAA de l’Ontario ont mobilisé des collectivités, des organisations ou des nations autochtones dans le cadre de leur processus local de planification et de mise en œuvre des CAA. Parmi leurs stratégies de mobilisation couronnées de succès, elles ont mis l’accent sur l’établissement de relations, mené d’un processus de mobilisation, assuré la mobilisation directe des collectivités, des organisations ou des nations autochtones et participé à l’échange de renseignements.

Mettre l’accent sur l’établissement de relations

L’établissement de relations prend du temps; la confiance est un facteur important dans l’établissement de relations authentiques. Il est important de commencer tôt à communiquer avec les collectivités, les organisations ou les nations autochtones locales et de mettre l’accent sur l’établissement de relations à long terme. La première étape de l’établissement de relations efficaces consiste à mieux comprendre les priorités des collectivités autochtones et leurs attentes en matière d’établissement de relations avec les gouvernements fédéral et provinciaux, ainsi que les administrations municipales. Il est important d’établir explicitement votre relation en vous fondant sur un dialogue et une collaboration mutuellement respectueux, de même que de reconnaître que les collectivités, les organisations et les nations autochtones souhaitent diriger ou influencer directement les décisions qui auront une incidence sur le bien-être de leurs membres ou de leurs citoyens.

Mener un processus de mobilisation

Il est important de communiquer vos initiatives et activités touchant les CAA aux collectivités, aux organisations ou aux nations autochtones et de solliciter leur rétroaction ou leurs commentaires. Travailler en collaboration avec les partenaires autochtones pour trouver des façons de faire appel aux aînés et aux personnes âgées autochtones, ainsi que de prendre connaissance de façon délibérée et authentique de leurs commentaires. Travailler en étroite collaboration avec les principaux gardiens du savoir et dirigeants communautaires afin de déterminer les méthodes – en plus des entrevues, des groupes de discussion et des sondages – et les contextes appropriés pour obtenir de l’information, ainsi que les protocoles visant à indemniser les personnes âgées et les aînés autochtones pour l’information dont ils font part. Il est également utile d’avoir un document qui décrit explicitement les objectifs et la portée de votre processus de mobilisation (c.-à-d. un protocole d’entente). En plus d’énoncer clairement les principes qui orienteront votre processus de mobilisation, ces documents reconnaissent que les gouvernements et administrations changent (tant autochtones que municipales) et peuvent limiter les perturbations de votre processus.

Mobiliser directement les collectivités, les organisations ou les nations autochtones

Établir des processus pour assurer la rétroaction et les commentaires continus des collectivités, des organisations ou des nations autochtones en invitant les partenaires autochtones à siéger à votre comité local ou à votre groupe de travail sur les CAA. Une mobilisation significative permettra d’établir des partenariats à long terme afin de contribuer à faire progresser les solutions axées sur les CAA. Il est important de reconnaître que la mobilisation prend du temps, et que l’établissement de relations significatives et d’une confiance pourrait ne pas se produire selon la portée définie de votre calendrier de projet. La mobilisation auprès d’une collectivité sera influencée par les expériences antérieures avec des chercheurs et des organismes gouvernementaux souhaitant obtenir des données ou des réactions aux nouvelles politiques, et les activités, les événements et les cérémonies saisonniers auront une incidence sur cette mobilisation. Pour de nombreuses collectivités, la volonté d’investir du temps, de faire preuve de souplesse et de respecter les protocoles fondés sur les réalités culturelles peut constituer le critère déterminant pour ce qui est de faire montre de sincérité et d’intégrité.

Participer à l’échange de renseignements

Participer à l’échange de renseignements avec vos collectivités, organisations ou nations autochtones locales en communiquant les initiatives ou les activités liées aux CAA en cours. Inviter les collectivités, les organisations ou les nations autochtones à participer aux événements ou envisager de travailler en partenariat avec vos collectivités, organisations ou nations autochtones locales pour organiser un atelier ou un événement conjoint. Une communication efficace est fondée sur l’attente selon laquelle il y aura un échange de renseignements clair, transparent et périodique à toutes les étapes de votre processus de mobilisation.

Offrir des occasions de communiquer dans les langues traditionnelles

Dans de nombreuses régions de la province, pour assurer l’efficacité de l’échange de renseignements, il peut être nécessaire de produire les documents de mobilisation dans les langues traditionnelles des collectivités autochtones. La langue joue un rôle essentiel dans tout ce que nous faisons et dans toutes nos interactions. En plus de transmettre de l’information aux personnes âgées autochtones qui sont moins à l’aise de communiquer en anglais ou en français, la langue est au cœur de toute culture.

Habiliter les personnes âgées autochtones à communiquer dans les langues traditionnelles représente non seulement une approche respectueuse à l’égard de la mobilisation communautaire, mais il s’agit également de la façon la plus efficace pour les personnes âgées et les aînés de transmettre les valeurs culturelles, les visions du monde et les expériences qui ne peuvent pas être exprimées dans l’une ou l’autre des langues des colons.

En plus de ces principes, les organismes provinciaux et les administrations municipales qui entreprennent des recherches ou des activités de mobilisation auprès des collectivités autochtones sont invités à tenir compte des principes de propriété, de contrôle, d’accès et de possession (PCAP) pour mener des recherches auprès des Premières Nations. Élaborés à l’appui des travaux de l’Enquête régionale sur la santé des Premières Nations, les principes PCAP constituaient une réponse aux stratégies de recherche et de mobilisation inappropriées sur le plan culturel mises en œuvre par des chercheurs et des gouvernements non autochtones. Élaborés pour répondre aux besoins en matière de recherche dans les collectivités des Premières Nations, les principes prévus par les principes PCAP s’appliquent aux activités de mobilisation et de recherche menées auprès de toute collectivité ou organisation autochtone, c.-à-d. les Premières Nations, les Métis ou les Inuits. Le concept fondamental des principes PCAP est la propriété et le contrôle collectifs de l’information générée dans le cadre de recherches universitaires ou gouvernementales, ainsi que l’accès à cette information et la possession de celle-ci. En réalité, les principes PCAP permettent aux collectivités et aux peuples autochtones de prendre des décisions concernant les méthodes, les motifs et les responsables en matière de collecte, d’utilisation et de diffusion des renseignements recueillis dans le cadre d’activités de recherche ou de mobilisation communautaire. Certains chercheurs peuvent considérer les principes PCAP comme un obstacle à la collecte de données et à la publication des résultats de recherche en temps opportun. De même, les organismes gouvernementaux peuvent être mal à l’aise en ce qui a trait au degré d’effort de collaboration et de prise de décisions communes que représentent les principes PCAP. Toutefois, les établissements universitaires et les organismes gouvernementaux devraient reconnaître que le temps et les efforts investis dans des activités de mobilisation significatives auront, au bout du compte, une incidence sur la qualité et la durabilité de la mobilisation auprès des collectivités autochtones.

Facteurs ayant une incidence sur les personnes âgées et les aînés métis en Ontario

Une remarque sur la mobilisation à ce jour

Il est clair qu’il faut tenir compte de ce que cela signifie que de bien vieillir pour les personnes âgées et les aînés autochtones. Afin de commencer à répondre à ce besoin, le ministère des Services aux aînés et de l’Accessibilité a tenu des réunions de mobilisation avec les citoyens et les représentants de la Métis Nation of Ontario (MNO) en 2017 et 2018. Il existe des exemples notables de processus de planification liés aux CAA, dans le cadre desquels les voix autochtones ont été explicitement prises en considération et incluses dans les processus municipaux d’établissement de plans d’action. Ces voix sont en grande partie représentées par les peuples et les organisations des Premières Nations, en fonction de l’hypothèse selon laquelle les points de vue des Autochtones (c.-à-d. les Premières Nations, les Métis et les Inuits) sont homogènes. Bien que les défis liés au vieillissement pour les personnes âgées des Premières Nations soient relativement bien documentés et attestés par de nombreuses sources, les besoins des personnes âgées métisses de l’Ontario sont moins bien compris.

L’étude de cas suivante présente les leçons tirées lors des réunions de mobilisation avec la MNO. Elle ne vise pas à représenter les points de vue de tous les Métis de l’Ontario ni de tous les Autochtones sur ces sujets. Elle vise en partie à informer les collectivités qui participent à l’établissement de plans d’action liés aux CAA, ainsi qu’à motiver ces collectivités à entrer en contact avec les personnes et les organisations métisses, inuites et des Premières Nations à l’échelle locale qui bénéficieraient de leur travail et à les mobiliser.

Qui sont les Métis de l’Ontario?

Depuis 25 ans, la MNO représente plus de 20 000 Métis (citoyens) dans l’ensemble de l’Ontario, qui sont reconnus comme l’un des trois peuples autochtones du Canada en vertu de l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Il existe de nombreuses conceptions, souvent erronées, de ce qu’est un Métis dans la culture populaire et chez les colons résidents.

Les Métis sont un peuple autochtone à part entière dont l’histoire, la culture, la langue et le mode de vie sont uniques. Des établissements métis distincts ont vu le jour dans le sillage de la traite des fourrures le long des voies navigables et des bassins hydrographiques servant au transport des marchandises. En Ontario, ces établissements faisaient partie de collectivités régionales plus vastes qui étaient reliées entre elles par le mode de vie très mobile des Métis, le réseau de traite des fourrures, les activités saisonnières, les nombreux liens de parenté, et une histoire et une identité collectives communes.footnote 9

Les Métis de l’Ontario sont les descendants de personnes nées de mariages mixtes entre des hommes européens et des femmes des Premières Nations au plus fort de l’ère de la traite des fourrures à la fin du 18e siècle et au 19e siècle. Ces premières générations de personnes de race mixte ne se définissaient pas comme des Métis et n’étaient pas considérées comme telles par la société coloniale. Une culture distinctive qui n’était ni européenne ni des Premières Nations n’est apparue qu’après des générations successives de mariages entre personnes d’ascendance mixte. Au fil du temps, les marques d’une culture se sont dégagées se caractérisant par une langue unique (c.-à-d. le michif), la spiritualité, les rondes saisonnières, les établissements distinctifs (appelés patrie de la nation métisse) et les relations économiques, qui sont devenus une histoire et une identité collectives communes.

« La MNO souligne également que la simple identification d’une personne d’ascendance autochtone mixte dans le registre historique ne fait pas de cette personne un Métis. »footnote 10 »

Les citoyens métis contemporains de l’Ontario (c.-à-d. ceux qui sont inscrits comme Métis par la MNO) désignent toute personne démontrant, au moyen de documents généalogiques valides, qu’elle est une descendante des ancêtres racines métis qui vivaient dans la patrie historique de la nation métisse. Les Métis continuent de vivre dans leur patrie, qui s’étend de la vallée de l’Outaouais, autour des Grands Lacs et jusque dans les provinces des Prairies de l’Ouest. Toutefois, les Métis vivent également dans des collectivités qui ne font pas partie de la patrie traditionnelle, c.-à-d. dans une grande partie du Sud de l’Ontario, et y jouent un rôle actif. Aujourd’hui, les citoyens métis sont représentés par la MNO partout en Ontario par l’intermédiaire de 30 conseils communautaires et de 9 conseils régionaux. Par l’intermédiaire de la MNO, ou grâce à la collaboration de la MNO avec les organismes fédéraux et provinciaux, les citoyens peuvent avoir accès à des programmes et à des services dans divers domaines, notamment le logement, l’éducation, le développement économique et la santé et le mieux-être qui reconnaissent les besoins culturels, spirituels et sociaux distinctifs des Métis de l’Ontario et qui sont à l’écoute de ces besoins.

Processus de mobilisation

Le ministère des Services aux aînés et de l’Accessibilité (MSAA) a entamé un processus de mobilisation auprès de la MNO à l’automne 2017 en vue d’atteindre deux objectifs connexes. Le premier objectif était de convoquer une réunion initiale d’établissement de la portée du personnel du MSAA et de la MNO, animée par M. John Lewis (citoyen de la MNO et professeur à l’Université de Waterloo), afin d’établir la nécessité d’une perspective métisse relativement au cadre du gouvernement provincial en matière de CAA et aux plans d’action municipaux liés aux CAA, ainsi que d’en discuter. À la suite de cette réunion, il a été convenu que la MNO souhaiterait que l’on reconnaisse davantage les besoins distinctifs des aînés métis et que l’on tienne compte de ces besoins dans les plans d’action municipaux liés aux CAA. De plus, les participants à la réunion d’établissement de la portée ont convenu qu’une réunion de suivi avec un groupe d’aînés métis et des représentants de la MNO serait nécessaire pour commencer à énoncer les besoins des aînés métis (c.-à-d. l’objectif 2).

Le deuxième objectif a été abordé en janvier 2018, dans le cadre d’une réunion de mobilisation à laquelle ont assisté 30 aînés et représentants de la MNO pour examiner :

  • la définition et les objectifs de la planification liée aux CAA du gouvernement de l’Ontario;
  • la Stratégie ontarienne pour les aînés et l’étude de cas sur les politiques en vue d’établir un cadre de planification lié aux CAA axé sur les Métis;
  • les recherches menées par la MNO qui portent de manière générale sur les besoins des citoyens de la MNO en matière de santé et de bien-être dans l’ensemble des étapes de la vie.

À la suite de la discussion avec les participants à la réunion de mobilisation, cinq grands thèmes se sont dégagés, reflétant les défis empêchant les Métis de l’Ontario de bien vieillir : le transport, la santé mentale, nous ne sommes pas des Premières Nations, la confiance, la capacité communautaire et l’autonomie gouvernementale.

Le transport

Nous comptons de petites régions éloignées qui n’ont pas accès au transport et il s’agit de l’un des plus grands problèmes, soit de veiller à ce que les gens puissent avoir accès aux services dont ils ont besoin, comme les rendez- vous médicaux.

L’accès aux services médicaux, plus particulièrement aux services médicaux spécialisés, peut constituer un problème important pour toute personne âgée vivant dans des régions rurales ou éloignées de l’Ontario. Une proportion importante de citoyens de la MNO vivent dans le Nord de l’Ontario et près du Nord, où l’accès limité aux réseaux de transport locaux et régionaux peut non seulement nuire à la capacité des aînés d’accéder aux services médicaux, mais également à leur capacité de se rendre à des événements communautaires et de jouer un rôle actif dans le tissu social de la communauté métisse. La participation sociale est un facteur essentiel pour maintenir et améliorer la qualité de vie des personnes âgées. Dans la mesure du possible, les citoyens de la MNO s’emploieront à combler les lacunes en matière de services de transport ruraux, soit de façon informelle en faisant appel à des amis, soit plus officiellement dans le cadre d’accords de services bénévoles.

Santé mentale

Les sévices et les mauvais traitements ont laissé des séquelles non seulement à la génération actuelle, mais également à nos parents et à nos grands-parents. Ce qu’ils ont subi a été transmis de génération en génération et les séquelles sont encore présentes aujourd’hui.

Les participants de la MNO ont indiqué que, de concert avec les Premières Nations et les Inuits, l’histoire des Métis avec les colons canadiens comprend des séquelles laissées par l’assimilation forcée et l’effacement presque complet d’une culture, ce qui peut être attribuable à des conceptions racistes des peuples autochtones, de leurs cultures et de leurs modes de vie. Les pensionnats indiens financés par le gouvernement et dirigés par les églises constituaient l’expression la plus claire d’une agression systématique à l’endroit des cultures autochtones, puisque les enfants ont été séparés de leur famille pour être dépouillés de leur culture, de leur langue et de leurs traditions. En plus des traumatismes culturels, affectifs et physiques associés aux pensionnats indiens, des générations de Métis ont refoulé leur identité en raison de la honte et de l’isolement social qui ont été associés au fait d’être ni membres des Premières Nations ni Européens. En réalité, le fait d’être Métis a historiquement signifié être quelque chose d’inférieur aux autres peuples autochtones, et aux colons européens en particulier, et a souvent été exprimé par des formes d’exclusion économique et sociale ou d’agression physique. Les conséquences de la répression culturelle et de la violence ont eu de profondes répercussions sur la santé mentale des aînés métis qui ont vécu les pires expressions de violence culturelle. Ces séquelles ont été transmises aux jeunes et aux futures générations de Métis (c.-à-d. les traumatismes intergénérationnels). La dépression, l’anxiété et l’agression qui se manifestent après avoir vécu la répression culturelle et tenté de composer avec cette dernière peuvent avoir des conséquences profondes et néfastes pour les enfants et les petits-enfants des aînés métis.

Nous ne sommes pas des Premières Nations

« Nous devons avoir nos propres cercles de guérison, nous devons avoir nos propres aînés, nous en avons besoin dans le cadre des CAA et ce n’est pas le cas. »

Il existe un profond malentendu au sein de la société coloniale au sujet de l’identité de la population métisse, plus particulièrement par rapport aux autres peuples autochtones. Ce malentendu peut être généralement exprimé de deux façons dans un milieu de service. En premier lieu, lorsqu’une personne âgée métisse se présente à un fournisseur de services de santé ou de services sociaux et qu’on lui demande si elle est Autochtone. Dans le cadre des séances de mobilisation, certains participants ont raconté des expériences où, après avoir informé le fournisseur qu’ils étaient Métis, on leur a dit que « cela ne comptait pas ». Dans d’autres cas, lorsque le fournisseur a l’intention d’offrir un soutien adapté aux réalités culturelles, on communique avec un aîné des Premières Nations qu’on présente à une personne âgée métisse.

Il existe une conception répandue selon laquelle les Métis, en tant que personnes aux origines autochtones mixtes, devraient comprendre les traditions et les visions du monde des peuples des Premières Nations et avoir un lien avec celles-ci. Cependant, être Métis, c’est appartenir à une culture unique. Les Métis s’attendent à être respectés et reconnus en tant que peuple autochtone, mais non en tant que peuple dont la culture est synonyme de celle d’un autre.

Confiance

Il est difficile d’avoir confiance en des institutions et des gouvernements qui ne reconnaissent pas qui vous êtes ou qui, lorsqu’ils le reconnaissent, font tout leur possible pour l’effacer et vous transformer en autre chose.

Les séquelles de la répression culturelle, et plus récemment, l’interprétation erronée de la culture, ont une incidence sur la relation entre les Métis et les institutions et fournisseurs de services non autochtones qui cherchent à répondre à leurs besoins. La communication avec les Métis ou les conseils communautaires et leur mobilisation pour répondre aux besoins des citoyens âgés représentent un moyen essentiel de favoriser la compréhension culturelle et d’élaborer des plans liés aux CAA qui reflètent ce que signifie le fait d’être une personne âgée ou un aîné métis.

Capacité communautaire et autonomie gouvernementale

Nous prenons soin des nôtres, ce qui a toujours été une tradition métisse.

La reconnaissance de la présence des communautés métisses dans l’ensemble de l’Ontario et l’établissement d’une communication significative constituent une première étape. On s’attend à ce que les conseils et les fournisseurs de services métis collaborent avec leurs homologues au sein d’organismes provinciaux et fédéraux et l’on espère qu’ils le feront en vue d’offrir des programmes aux citoyens âgés, ainsi que d’évaluer ces programmes. L’établissement d’une compréhension culturelle et d’une meilleure reconnaissance des besoins des personnes âgées métisses est un processus graduel, qui devrait se dérouler en collaboration avec ceux qui reconnaissent le mieux les besoins des citoyens âgés.


Notes en bas de page