Généralités sur la loque européenne

La loque européenne est causée par une bactérie (Melissococcus plutonius) qui ne forme pas de spores. Il s’agit d’une grave maladie qui s’attaque au couvain des abeilles mellifères, aussi appelées abeilles domestiques. La loque européenne infecte le système digestif des larves d’abeilles, et ce sont les larves de moins de trois jours qui sont le plus vulnérables. Une fois infectées, la plupart des larves meurent lorsqu’elles sont âgées de quatre ou cinq jours. La loque européenne ne s’attaque pas aux abeilles mellifères adultes. Elle est souvent associée à une mauvaise nutrition ou à un manque de fleurs à butiner au sein de la colonie. On estime aussi que la loque européenne est problématique quand les colonies sont en état de stress, au moment du déplacement des ruches, par exemple, ou en présence d’intempéries. La loque européenne est très contagieuse et entraîne la contamination du matériel apicole, des abeilles et du miel, ainsi que l’affaiblissement et, dans les cas graves, la mort de la colonie. Bien que la loque européenne s’observe le plus souvent au début du printemps, elle peut se manifester à toute période de l’année dans les colonies d’abeilles mellifères. Certains antibiotiques se sont avérés efficaces pour le traitement de cette maladie. Les apiculteurs peuvent prendre certaines mesures afin de réduire les risques que l’infection s’établisse ainsi que pour tenter de la maîtriser si elle se manifeste dans l’exploitation apicole.

La loque européenne était une maladie prévalente en Ontario il y a plusieurs décennies, puis elle devenue plutôt rare pendant une certaine période et relativement bien maîtrisée grâce aux antibiotiques. Toutefois, au cours de la dernière décennie, cette maladie est réapparue sous une forme beaucoup plus virulente dans de nombreuses régions de l’Amérique du Nord, dont l’Ontario. Des colonies d’abeilles en sont mortes, ailleurs qu’en Ontario. De manière générale, l’état des ravageurs et la situation zoosanitaire évoluent avec le temps selon que les maladies et les ravageurs deviennent plus ou moins présents ou plus ou moins virulents. Pour le moment, on considère que la loque européenne est une maladie grave en Ontario et dont la prévalence a augmenté.

Modes de transmission et cycle vital

Abeilles sur peigne à cire

La maladie apparaît lorsque les abeilles nourricières entrent en contact avec la loque européenne à partir de colonies infectées ou de bouillie larvaire contaminée par la bactérie Melissococcus plutonius, la bouillie contaminée étant ensuite donnée au couvain d'abeilles en croissance.

Larve infectée par la loque européenne, entortillée dans un alvéole de couvain.

La bactérie se multiplie dans le système digestif des larves d'abeilles, et finit par compétitionner avec les larves pour la nourriture. Les larves infectées meurent souvent (à l'âge de trois ou quatre jours) avant que les alvéoles du couvain soient operculées.

Larves mortes et foncées entortillées dans le fond des alvéoles et leur réseau proéminent de trachéoles blanches.

Les larves mortes passent d'un blanc perle (caractéristique des larves saines) à une couleur jaunâtre puis brune. Elles se fluidifient ensuite avant de s'assécher et de prendre la forme d'une écaille caoutchouteuse.

Abeilles sur peigne à cire

Les abeilles nourricières retirent les larves mourantes ou déjà mortes, ce qui contamine leurs propres pièces buccales. La bactérie de la loque européenne est ensuite transmise par inadvertance au couvain en développement de la colonie. Le cycle se répète, augmentant ainsi le nombre de couvains infectés. Certaines larves infectées peuvent survivre jusqu'à l'âge adulte, mais elles transmettront à leur tour la bactérie par leurs excréments, propageant ainsi l'infection dans la colonie.

Colonie d'abeilles mellifères

En s'affaiblissant, la colonie risque de devenir la cible d'autres colonies d'abeilles domestiques et de se faire dérober ses réserves de miel. Le miel contenant la bactérie responsable de la loque européenne est alors transporté vers des colonies saines dont les couvains deviennent infectés à leur tour.

Signes et symptômes

Il est important que les apiculteurs connaissent bien les caractéristiques d’un couvain sain ainsi que les maladies qui s’attaquent aux couvains, puisque tous les symptômes de loque européenne peuvent être observés dans le nid de couvain et les rayons à couvain usagés des colonies d’abeilles mellifères. Plusieurs symptômes peuvent indiquer la présence de loque européenne, mais ils varient selon le stade de l’infection.

Larves anormales et décolorées

Les larves saines sont toujours d’un blanc perle (figur 1). Quand une larve meurt dans l’alvéole, elle se décolore inévitablement et devient plus foncée. Il est normal que certaines larves meurent dans une colonie, ce qui signifie que la vue de larves décolorées n’est pas nécessairement un signe de la présence de la loque européenne. Un couvain infecté par la loque européenne passera de blanc à jaune pour finalement devenir brun.

Larves saines, d’un blanc perle, enroulées en forme de C dans des alvéoles.
Figure 1. Larves saines, d’un blanc perle, enroulées en forme de C dans des alvéoles.

L’intestin moyen des larves infectées par la loque européenne peut être d’un blanc crayeux contrastant avec la couleur jaune orange d’un intestin moyen sain. Par ailleurs, la trachée (voies respiratoires) peut être d’un blanc marquant à mesure que les larves infectées deviennent plus foncées (figure 2).

Larves mortes et foncées entortillées dans le fond des alvéoles et leur réseau proéminent de trachéoles blanches.
Figure 2. Larves mortes et foncées entortillées dans le fond des alvéoles et leur réseau proéminent de trachéoles blanches.

Les larves infectées peuvent aussi sembler entortillées ou étirées dans les alvéoles (figure 3), contrairement à la forme en « c » caractéristique des larves saines (figure 1).

Larve infectée par la loque européenne, entortillée dans un alvéole de couvain.
Figure 3. Larve infectée par la loque européenne, entortillée dans un alvéole de couvain.

Écaille aqueuse et caoutchouteuse ou déshydratée qui adhère aux parois des alvéoles

Selon le stade de l’infection, les larves infectées par la loque européenne peuvent prendre une texture visqueuse ou aqueuse et même pourrir ou former une écaille caoutchouteuse ou déshydratée qui adhère légèrement aux parois des alvéoles et peut être facilement retirée du cadre (figure 4).

Larves mortes formant une écaille caoutchouteuse qui adhère aux parois des alvéoles.
Figure 4. Larves mortes formant une écaille caoutchouteuse qui adhère aux parois des alvéoles.

Odeur aigre

Les maladies et les troubles qui affectent les abeilles mellifères peuvent dégager une odeur distinctive (par exemple, les larves attaquées par la loque américaine dégagent une odeur caractéristique de poisson ou de pourriture). Dans certains cas de loque européenne, on constate la présence d’une odeur aigre, laquelle demeure quelque peu subjective puisque certaines personnes la détectent immédiatement alors que d’autres ne peuvent l’identifier.

Couvain tacheté

Un couvain uniforme avec peu d’alvéoles vides est le signe d’une colonie saine et productive, alors qu’un couvain présentant de nombreuses alvéoles vides peut être un signe de colonies peu saines ou malades (figure 5). Ce symptôme n’est cependant pas toujours propre à la loque européenne, puisqu’un couvain tacheté est une caractéristique commune d’autres troubles dans la colonie, y compris d’autres maladies du couvain ou la présence d’une mauvaise reine ou d’une reine affaiblie.

À gauche, exemple de couvain uniforme dans un cadre, comparativement à un couvain tacheté, à droite. Une pièce découpée en plastique blanc a été placée sur le rayon de cire pour mieux illustrer la différence.
Figure 5. À gauche, exemple de couvain uniforme dans un cadre, comparativement à un couvain tacheté, à droite. Une pièce découpée en plastique blanc a été placée sur le rayon de cire pour mieux illustrer la différence. Photo : Shelley Hoover, University of Lethbridge.

Opercules enfoncés ou décolorés

Les opercules sont normalement légèrement convexes et de couleur brun pâle. En présence d’une infection par la loque européenne, les opercules seront légèrement concaves et pourraient être perforés (figure 6). Les perforations des opercules qui semblent irrégulières et qui sont situées à leur extrémité sont plus susceptibles d’être causées par une maladie du couvain. Ces symptômes peuvent toutefois être aussi attribuables à la loque américaine, d’où la nécessité d’observer d’autres symptômes plus caractéristiques (comme des larves aqueuses) de la loque européenne pour permettre un diagnostic plus précis.

Opercules perforés.
Figure 6. Opercules perforés.

Larves mortes de texture aqueuse

Les larves infectées par la loque européenne vont devenir visqueuses ou présenter une texture aqueuse (figure 7) et elles peuvent s’étirer à l’extérieur de l’alvéole sur environ 1,5 cm ou moins, ce qui les distingue de celles qui sont attaquées par la loque américaine, car dans ce dernier cas, le fil visqueux peut s’étendre sur plus de 2,5 cm. Bien que ces particularités contribuent à distinguer les symptômes de la loque européenne de ceux de la loque américaine, ces symptômes dépendent du stade de l’infection et ne seront pas toujours présents aux stades précoces ou tardifs du cycle de l’infection.

Larves infectées par la loque européenne à divers stades et de différentes apparences.
Figure 7. Larves infectées par la loque européenne à divers stades et de différentes apparences. Photo : Ali Panasiuk, Alberta Agriculture, Forestry and Rural Economic Development.

Prévalence et propagation

Bien que l’on observe le plus souvent la présence de loque européenne au début du printemps, la maladie peut se manifester à tout moment de l’année dans les colonies d’abeilles mellifères. Puisque la loque européenne est très contagieuse, elle peut se propager aux ruchers voisins si elle n’est pas bien maîtrisée et peut survivre dans les colonies d’abeilles et sur le matériel apicole usagé.

Propagation de la loque européenne par les abeilles mellifères

Émigration

Il arrive que des abeilles domestiques de colonies adjacentes entrent par erreur dans une autre colonie après leur butinage, ce qui peut contribuer à propager la loque européenne à l'intérieur d'un rucher.

Pillage

Les abeilles mellifères d'une colonie peuvent s'emparer des réserves de miel d'une autre colonie. Le pillage est un comportement normal de ces abeilles. Dans certaines circonstances extrêmes, en cas de pénurie de nectar ou en présence de colonies affaiblies ou mortes dans les environs, le pillage peut devenir préoccupant, car il peut contribuer à propager la loque européenne à l’intérieur d’un rucher ou entre différents ruchers (dans un rayon de 8 km). Le pillage est particulièrement inquiétant en période de pénurie de nectar.

Propagation de la loque européenne par les apiculteurs

Échange de matériel entre les colonies

Le déplacement de cadres de couvain à l'intérieur d'un rucher dans le but d'égaliser les colonies ou de renforcer celles qui sont faibles est une pratique courante en apiculture. Toutefois une telle pratique peut entraîner la propagation de la loque européenne d’une colonie infectée à une colonie saine. Les apiculteurs doivent donc se montrer attentifs aux risques que comporte cette pratique et se tenir à l'affût de tout signe et symptôme de la maladie.

Caisses d’abeilles

Même si elles sont moins susceptibles de propager la loque européenne, les caisses d'abeilles mellifères constituent une source d'infection potentielle. Pour importer des caisses, il faut détenir un permis fédéral ou un permis d'importation provincial ou les deux.

Achat de colonies d’abeilles infectées ou de matériel contaminé

L'achat et la vente d'abeilles ou de matériel apicole usagé entre apiculteurs constituent une autre pratique courante qui peut entraîner l'apparition de la loque européenne dans une exploitation. Il est important que les vendeurs demeurent vigilants et inspectent leurs colonies afin de détecter la présence de la loque européenne et que les acheteurs s’approvisionnent auprès de sources autorisées. Les apiculteurs qui vendent des abeilles doivent détenir un permis valide émis dans le cadre du Programme d'apiculture du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales (MAAARO) avant toute vente d’abeilles ou de matériel apicole usagé. Les permis sont délivrés par le Programme d’apiculture du MAAARO uniquement après que les exigences d’inspection ont été remplies, ce qui contribue à protéger la santé des abeilles mellifères, surtout contre les ravageurs et les maladies.

Essaimages

Les essaimages peuvent aussi apporter la loque européenne si l’essaim provient d’une colonie infectée. Les essaims présentent toujours un risque de transfert de ravageurs et de maladies puisqu’il est impossible de connaître leur origine avec certitude. Toutefois, puisqu’un essaim ne transporte pas de couvain, il est possible de prendre certaines mesures pour minimiser les risques de loque européenne.

Matériel apicole usagé

Le matériel apicole mal entreposé et placé dans un endroit accessible aux abeilles constitue une source éventuelle d’infection. Dans la plupart des cas, il se peut que l’apiculteur ne soit pas au courant que le matériel est contaminé.

Atténuation des infections ou des éclosions

Les apiculteurs peuvent prendre certaines mesures pour atténuer les risques d’infection par la loque européenne dans leur exploitation.

Certaines pratiques ont des effets sur la santé, la production et les populations des colonies d’abeilles domestiques. Ces pratiques varient selon la spécialisation de l’exploitation apicole (comme la production de miel, la production de reines et de nuclei, ou d’abeilles destinées à la pollinisation), mais toute exploitation devrait recourir à des mesures de biosécurité de base, ainsi qu’aux pratiques de gestion optimales (PGO) proposées dans le document sur les Pratiques essentielles pour les apiculteurs de l'Ontario. L’application de bonnes mesures de biosécurité et de PGO de base pour les colonies constitue le moyen le plus efficace et le plus pratique de réduire les infections par la loque européenne. En voici quelques exemples :

  • Bien reconnaître les symptômes de la loque européenne et des autres agents pathogènes qui s’attaquent aux abeilles mellifères.
  • Surveiller régulièrement les colonies afin de vérifier leur état de santé et la présence de maladie en portant attention aux symptômes des maladies du couvain.
  • Faire une inspection complète du couvain au moins deux fois par année, au printemps et à l’automne, en vue d’y détecter d’éventuelles maladies du couvain, et avant d’administrer des médicaments (comme l’oxytétracycline contre la loque américaine) qui peuvent masquer certains symptômes de la loque européenne.
  • Bien entreposer le matériel apicole usagé, éliminer rapidement les colonies mortes du rucher, et faire inspecter le matériel avant une vente ou un transfert de propriété.

Pratiques de gestion optimales et mesures de biosécurité en cas d’infection

  • Consulter un inspecteur apicole sur la marche à suivre en cas de confirmation d’infection par la loque européenne.
  • Ne pas extraire le miel produit par une colonie infectée.
  • En cas d’infection bénigne, détruire rapidement les cadres infectés. Remplacer les cadres détruits dans les colonies légèrement infectées avec de nouveaux cadres ou des cadres usagés non infectés.
  • Dans les cas d’infection grave, détruire rapidement tout la colonie infectée et le matériel connexe (par exemple, les plateaux de fond et les autres accessoires en bois qui ne peuvent pas être récurés).
  • Garder toutes les colonies dans le rucher infecté par la loque européenne jusqu’à ce qu’un inspecteur apicole du MAAARO confirme qu’il n’y a plus de colonies infectées dans le rucher.
  • Envisager de traiter avec un antibiotique (selon la période de l’année et les conditions qui prévalent) les colonies symptomatiques et celles qui sont légèrement infectées (après avoir retiré et détruit tous les cadres infectés) ainsi que toutes les colonies asymptomatiques qui demeurent dans le rucher.
  • Donner du sirop sucré (deux portions de sucre pour une portion d’eau) et des galettes de pollen si les colonies semblent souffrir de stress nutritionnel.
  • Surveiller plus souvent l’état de santé du rucher qui a été infecté par la loque européenne et demeurer vigilant quant aux symptômes de la maladie dans les autres ruchers ou dans les environs.

Consulter les Pratiques de gestion et de biosécurité optimales pour les apiculteurs de l'Ontario.

Traitement

Les antibiotiques peuvent guérir une infection active de loque européenne dans une colonie, mais il n’est pas garanti que l’infection sera complètement éliminée. Les apiculteurs devraient savoir que les infections par la loque européenne peuvent quand même survenir même si des antibiotiques ont été administrés. Les antibiotiques ne remplacent pas la destruction ou le retrait de matières contaminées ni l’application de mesures de biosécurité appropriées.

Les apiculteurs doivent obtenir une prescription d’un vétérinaire pour obtenir des antibiotiques destinés aux abeilles domestiques. Pour de l’information générale sur l’utilisation des antimicrobiens en agriculture, consulter la page Web sur la Résistance aux antimicrobiens en agriculture. Pour des renseignements plus détaillés sur les antibiotiques utilisés en apiculture en Ontario, consulter la page Web Antibiotic Access Resources for Beekeepers de l’Ontario Beekeepers’ Association.

Consulter le site sur les Traitements recommandés contre les maladies et les acariens chez les abeilles domestiques en Ontario pour des renseignements sur les moyens de lutte préconisés, les méthodes et les périodes de traitement contre les ravageurs et les maladies des abeilles mellifères.

Infections soupçonnées

Afin de prévenir la propagation de l’infection par la loque européenne dans l’exploitation ou les environs, il est très important de détecter l’infection le plus tôt possible et de prendre immédiatement les mesures qui s’imposent.

L’apiculteur qui constate la présence de signes ou de symptômes d’infection par la loque européenne dans une colonie (vivante ou morte) doit immédiatement communiquer avec l'inspecteur apicole local. En vertu de la Loi sur l’apiculture de l’Ontario, les apiculteurs sont tenus de déclarer la présence de cette maladie. Un inspecteur apicole va inspecter les colonies afin d’établir la présence de loque européenne.

Présence de colonies infectées

Si la présence de loque européenne est confirmée à l’inspection, toutes les colonies et le matériel connexe dans le rucher doivent être inspectés par un inspecteur apicole afin que ce dernier évalue l’état de chaque colonie en ce qui a trait à la loque européenne. L’inspecteur exigera que l’apiculteur prenne des mesures pour les colonies infectées, le matériel et le rucher concernés selon un échéancier établi. Selon la gravité de l’infection, les apiculteurs pourront, sur une base volontaire ou en vertu d’une ordonnance de l’inspecteur, appliquer l’une ou l’autre des mesures suivantes :

  • Détruire certaines parties des colonies infectées (comme les cadres infectés) ou les colonies infectées au complet selon a gravité de l’infection.
  • Traiter avec un antibiotique (selon la période de l’année et les conditions ambiantes) les colonies légèrement infectées (après avoir retiré ou détruit les cadres infectés) et toutes les colonies asymptomatiques qui restent dans le rucher.
  • Conserver toutes les colonies et le matériel correspondant dans le rucher jusqu’à ce qu’un inspecteur apicole du MAAARO confirme l’absence de toute colonie infectée et de matériel contaminé.

Le traitement des colonies asymptomatiques peut les empêcher d’être infectées, mais il n’est pas garanti que ces colonies ne contracteront pas une infection par la loque européenne. Une fois que la loque européenne est présente dans un rucher, une surveillance régulière des signes ou des symptômes d’une infection par cette maladie devient nécessaire, afin d’être en mesure de la contenir rapidement et de briser le cycle de la maladie.

En Ontario, en vertu du Programme d’apiculture du MAAARO, les colonies vivantes asymptomatiques dans les ruchers infectés par la loque européenne doivent être gardées dans le rucher (c’est-à-dire qu’elles ne doivent pas être déplacées du lieu), en vertu d’une ordonnance de confinement, jusqu’à ce qu’un inspecteur apicole effectue une nouvelle inspection dans les sept jours au moins (14 jours étant recommandés) suivant la date à la laquelle la loque européenne a été détectée. Une telle mesure permet à l’apiculteur de surveiller l’infection et permet aussi une réinspection des colonies et du matériel correspondant dans le rucher infecté par la loque européenne. L’ordonnance de confinement est levée après la réinspection sous réserve d’une confirmation par l’inspecteur apicole que ces colonies sont exemptes de loque européenne.

Le miel produit dans un rucher infecté par la loque européenne peut être récupéré avant la réinspection si les conditions suivantes sont respectées :

  • Les hausses sont retournées dans le même rucher d’origine. Les apiculteurs doivent identifier ces hausses de manière à ce qu’elles soient replacées dans la colonie d’origine et que le miel soit récolté séparément du mile provenant de ruchers non infectés.
  • La destruction des cadres infectés par la loque européenne ou la destruction de toute la colonie infectée a été effectuée.

Une colonie est considérée comme étant infectée par la loque européenne lorsqu’une ou plusieurs larves d’abeilles (fraîches ou vieilles) dans la colonie présentent des signes ou des symptômes de la maladie. Tout le matériel correspondant qui est ou a été en contact avec cette colonie présente un risque plus élevé d’infection par la loque européenne.

Un rucher est considéré comme infecté par la loque européenne lorsqu’une ou plusieurs colonies du rucher sont infectées par la loque européenne.

Destruction des colonies infectées ainsi que du matériel et des matières connexes

Le degré d’intervention dans un cas d’infection par la loque européenne dépend de la gravité de l’infection détectée soit dans la colonie, soit dans le rucher. Dans les cas graves, la destruction immédiate des colonies complètes (abeilles) infectées par la loque européenne et du matériel qui s’y trouve (caisses, couvercles, cadres et autres matières contenues dans les colonies infectées) est nécessaire afin de prévenir la propagation de la maladie aux colonies ou ruchers voisins. Dans les colonies où l’infection est moins grave, les apiculteurs doivent retirer et détruire les cadres contaminés provenant des colonies infectées par la loque européenne.

Matières et matériel à détruire dans le cas des colonies qui doivent être entièrement éliminées :

  • Les matières biologiques, soit les abeilles mellifères (larves et adultes), les rayons de cire et la récolte de miel (le miel contenu dans les cadres).
  • Le matériel, soit tous les cadres (y compris les cadres à couvain et les rayons à miel), les planchers, les hausses et les plateaux de fond dans la colonie. Seuls les corps de ruches ou boîtes, les grilles à reine (si en métal) et les couvercles télescopiques peuvent être désinfectés et réutilisés.

L’omission de certaines étapes ou la récupération de matières ou de matériel se trouvant dans une colonie infectée par la loque européenne accroissent les risques de persistance et de propagation de l’infection par la loque européenne, entraînant l’infection d’un plus grand nombre de colonies et la contamination de davantage de matériel.

Comment détruire des colonies infectées ainsi que le matériel et les matières connexes

La destruction par le feu est la principale méthode utilisée, et il s’agit de la méthode mentionnée dans la Loi sur l’apiculture pour détruire les colonies infectées par la loque européenne.

En présence de grandes quantités de matières plastiques dans les ruches (comme des cadres tout en plastique comparativement à des cadres en bois avec un plancher en plastique) ou en présence de restrictions ou d’interdiction de faire des feux, l’apiculteur provincial peut approuver une autre méthode de destruction. Communiquer au besoin avec l'apiculteur provincial par écrit si on recherche une autre méthode de destruction ou d’élimination. Les autres moyens (comme l’enfouissement ou l’irradiation) doivent être approuvés par l’apiculteur provincial.

Quelle que soit la méthode approuvée utilisée, l’apiculteur est ultimement responsable de la destruction des colonies infectées par la loque européenne, ainsi que du matériel et des matières connexes, si requis.

1. Préparation des colonies pour la destruction

  • Enfermer les abeilles dans la ruche.
    • Bloquer complètement l’entrée de la ruche et sceller toutes les fissures de la ruche.
    • Effectuer l’étape précédente lorsque les abeilles ne butinent pas (comme en soirée ou lorsqu’il pleut) et qu’elles sont immobiles (les ruches ne doivent pas être scellées ou détruites immédiatement après avoir inspecté ou dérangé la colonie). On peut s’assurer ainsi que toutes les abeilles sont de retour dans leur ruche et empêcher que des abeilles d’une colonie infectée par la loque européenne se relocalisent dans des colonies avoisinantes et propagent ainsi la maladie.

2. Immobilisation et élimination des abeilles

  • Utiliser du diesel pour immobiliser et tuer la colonie.
    • Retirer le couvercle de la ruche avant que les abeilles sortent butiner et asperger du diesel sur la colonie.
    • Il peut s'avérer nécessaire de retirer les hausses et d'asperger aussi la section inférieure. Le volume de carburant diesel utilisé dépendra de la taille de la ruche. Recommandations :
      • de 300 à 500 mL de diesel sont nécessaires pour une ruche à une ou deux hausses
      • L de diesel est nécessaire pour une ruche à trois ou quatre hausses
    • Replacer correctement le couvercle sur la ruche.
    • Après 10 minutes, vérifier si toutes abeilles adultes sont immobilisées. Dans le cas contraire, répéter le processus ci-dessus pour imbiber les abeilles adultes qui ne l’étaient pas.

3. Destruction par combustion des colonies infectées et du matériel contaminé

  • Obtenir une autorisation de faire des feux auprès des autorités locales, se conformer à la loi, y compris aux règlements municipaux et utiliser des méthodes sécuritaires en tout temps. Remarques :
    • Le diesel ne sert pas d’accélérant. Les rayons de cire sont extrêmement inflammables et il y a suffisamment de cire dans les rayons pour alimenter le feu.
    • Les ruches brûlent violemment et les flammes peuvent atteindre de deux à trois fois la hauteur du tas.
    • Les boîtes ou les cadres imbibés de diesel peuvent exploser si on les met en une seule fois dans le feu.
    • Cela peut prendre de deux à trois heures pour brûler une ruche et davantage pour brûler trois ou quatre ruches.
  • Creuser un trou suffisamment gros pour contenir toutes les matières à brûler.
    • Le trou devrait avoir un mètre (trois pieds) de diamètre et au moins 30 cm (un pied) de profondeur pour une ruche. Agrandir le trou selon le nombre de ruches à brûler.
  • Voir à ce que le trou soit assez profond de manière à ce que toutes les matières contaminées qui n’auraient pas été entièrement détruites par le feu puissent être enterrées et ne soient pas accessibles aux abeilles qui butinent.
  • Le fond devrait être incliné de façon à former une sorte de cuvette pour recueillir le miel contaminé, mais non consumé, qui risquerait d’étouffer le feu.
  • Placer les ruches et les matières à détruire à environ 3 m (9 pi) du trou.
    • Pour éviter que des abeilles mortes ou du miel tombent sur le sol, transporter les ruches entières. Sinon, apporter les différentes sections de la ruche une à la fois en se servant du couvercle renversé, pour empêcher que les abeilles ou le miel ne tombent au sol.
  • Allumer le feu dans le trou vide.
  • Une fois le feu pris, il est plus facile de détruire le matériel contaminé selon l’ordre suivant :
    • Cadres
      • Mettre les cadres avec le miel en bordure du feu afin de ne pas l’éteindre.
      • Lorsque le miel est sorti des cadres, pousser ces derniers dans les flammes.
    • Plateaux de fond
    • Couvercles
    • Toutes les parties de la ruche imbibées de diesel
  • Lorsqu’il ne reste que de la braise, recouvrir celle-ci et tout ce qui n’est pas complètement brûlé avec la terre qui a été retirée du trou.
  • Les sections de la ruche (comme des boîtes, des couvercles télescopiques et des grilles à reine métalliques) qui n’ont pas été aspergées de diesel et que l’on souhaite récupérer doivent être chauffées à la flamme nue (avec un chalumeau au propane) avant réutilisation.