En Ontario, le PSC présente une grande diversité, probablement comparable à celle observée dans d’autres administrations. Cette diversité se reflète dans les personnes œuvrant dans le domaine correctionnel, les types de postes occupés, les lieux où les services sont offerts, ainsi que les différences liées à la formation, au fonctionnement et à la gestion, lesquelles contribuent à la complexité du système. En Ontario, la prestation des services correctionnels, tant en établissement qu’en milieu communautaire, ainsi que les services de justice pour la jeunesse, relèvent à la fois des gouvernements provincial et fédéral. La prestation des services correctionnels est assurée à la fois par des services administrés par le gouvernement et par des ententes de services conclues avec des organismes non gouvernementaux. Le présent rapport ne distingue pas expressément les établissements provinciaux des établissements fédéraux, bien qu’une majorité des renseignements recueillis provienne de membres du PSC travaillant dans les services provinciaux.

En Ontario, les catégories d’employés des services correctionnels sont :

  1. agents des services correctionnels/agents des services aux jeunes
  2. personnel administratif
  3. personnel de gestion – tous les niveaux
  4. agents de probation et de libération conditionnelle/Agents de probation pour les jeunes
  5. fournisseurs de services de soins de santé
  6. autre personnel de soutien ou lié aux services

Le PSP, y compris le PSC, présente une prévalence plus élevée de comportements suicidaires que la population générale au Canada, tant au cours de la dernière année d’emploi qu’au cours de la vie.

Même s’ils font partie du PSP, les membres du PSC sont souvent perçus différemment des autres premiers intervenants du personnel de la sécurité publique, comme les policiers, les pompiers et les ambulanciers paramédicaux. Les 34 décès examinés dans le cadre du présent rapport sont survenus sur une période de 15 ans, dans l’ombre des autres groupes du PSP. Le rapport porte donc le titre À la lumière du jour. Il met en évidence l’importante contribution du personnel des services correctionnels, tout en soulignant les risques et les défis particuliers associés à ces fonctions.

Le travail du PSC est essentiel au bon fonctionnement de toute société libre et démocratique. Il existe toujours des possibilités d’amélioration et d’évolution, mais le dévouement et le travail accompli chaque jour méritent d’être reconnus. Cela vaut également pour le réseau de soutien des membres du PSC, notamment leurs familles et leurs proches. Si ces derniers ne travaillent généralement pas dans le domaine correctionnel ou au sein des établissements, ils demeurent profondément touchés par les réalités vécues par les personnes qu’ils soutiennent et partagent les difficultés auxquelles elles sont confrontées. Comme il a été souligné dans le cadre de l’examen, ces professions ont des répercussions importantes sur les employés et leurs familles. La présence et le soutien d’un partenaire ou des enfants peuvent contribuer à prévenir les décès par suicide. La participation et l’engagement des familles et des proches doivent donc être encouragés et soutenus.

Dans l’exercice de leurs fonctions, les membres du PSC sont fréquemment confrontés à des situations exigeant des réactions immédiates de type « lutte, fuite ou paralysie ». Le fait de devoir prendre des décisions en une fraction de seconde met en évidence l’importance de la cohésion d’équipe et de la camaraderie pour soutenir le jugement et la capacité d’intervention dans ce type de situation. Il existe un risque reconnu de préjudice pour les agents correctionnels, agents des services aux jeunes, les agents de probation et de libération conditionnelle, les agents de probation pour les jeunes, les professionnels de la santé, ainsi que les autres membres du PSC, en raison de traumatismes physiques et psychologiques, de blessures morales ou de traumatismes du sanctuaire (voir ci-dessous). Les blessures liées à la santé mentale devraient être reconnues au même titre que les blessures physiques auxquelles les athlètes sont exposés au quotidien. Toutefois, les membres du PSC subissent généralement ces blessures dans l’ombre, sans bénéficier du soutien public et organisationnel accordé à d’autres groupes, notamment aux athlètes ou à la plupart des autres membres du personnel de la sécurité publique et des premiers intervenants. Par exemple, dans le domaine du sport, les approches en matière de prévention et de traitement des commotions cérébrales sont maintenant bien établies. À l’heure actuelle, des démarches semblables sont en cours d’élaboration au sein des services correctionnels afin de mieux répondre aux blessures liées à la santé mentale. Les approches d’évaluation et de soutien destinées aux membres du PSC présentent toutefois plusieurs particularités par rapport à celles offertes aux autres membres du personnel de la sécurité publique et aux premiers intervenants.

Tout au long de l’examen, il est apparu clairement que les membres du PSC sont confrontés à de nombreux défis et intériorisent souvent leur stress, ce qui contribue à l’isolement, à des blessures liées à la santé mentale ainsi qu’à d’autres préjudices. Afin d’atténuer et, dans la mesure du possible, de prévenir ces difficultés, les membres du PSC devraient avoir accès à des stratégies leur permettant de reconnaître et de communiquer leurs expériences grâce à des formations intégrant le vocabulaire lié à la santé mentale et favorisant une meilleure compréhension des blessures liées au stress professionnel. À défaut, ces personnes, dont les difficultés demeurent souvent invisibles, risquent de subir des préjudices supplémentaires, ce qui peut également avoir des effets sur leurs collègues, leur famille et leurs proches.

Il est essentiel de comprendre les risques auxquels sont exposés les membres du PSC ainsi que les répercussions potentielles sur leur santé et leur bien-être. Des approches de soutien globales et intégrées en matière de bien-être, tenant compte des dimensions physique, mentale, sociale, économique, morale et spirituelle de la santé, sont nécessaires. La diversité des fonctions au sein des services correctionnels, des lieux d’exercice et des cultures propres aux différents milieux de travail est trop vaste pour être entièrement examinée dans le présent rapport. Toutefois, certains éléments clés ressortis de l’examen y ont été intégrés.

L’importance des changements structurels, qui exigent à leur tour une évolution de la culture de travail, montre qu’il n’existe pas de solution simple permettant d’améliorer immédiatement le milieu de travail de chaque membre du PSC. Un tel processus peut s’échelonner sur plusieurs années. Une partie des changements nécessaires à la culture organisationnelle consiste également à favoriser une évolution des perceptions au sein de la société. À titre d’exemple, pendant la pandémie de COVID-19, combien d’initiatives de soutien ont eu lieu afin de reconnaître le dévouement et le travail essentiel des membres du PSC chargés d’assurer la santé et le bien-être des personnes ayant affaire au système de justice?

Les membres du PSC sont exposés à des comportements violents, verbaux ou physiques, soit directement, soit dans le cadre de l’examen de rapports. Certains membres du personnel interviennent lors d’urgences médicales, notamment dans des cas de décès liés à la consommation de substances. D’autres sont appelés à examiner ces événements, à offrir de la formation ou, à l’occasion, à prendre des mesures disciplinaires à l’égard des personnes impliquées, qu’il s’agisse de membres du personnel ou de personnes ayant affaire au système de justice. Au cours de l’examen, il est apparu clairement que chaque établissement, chaque unité et même chaque quart de travail possède sa propre culture et son propre niveau de complexité.

Des études ont montré que le PSP présente également d’autres problèmes de santé concomitants, notamment des douleurs chroniques ou des symptômes liés à des troubles de santé mentale. Les membres du PSP souffrant de douleurs chroniques étaient également plus susceptibles de présenter un trouble de stress post-traumatique, de la dépression, de l’anxiété et des troubles liés à la consommation d’alcool. Dans le cadre du présent examen portant sur 34 décès, les problèmes de santé suivants ont été relevés chez plusieurs personnes : dépression, anxiété, trouble de stress post-traumatique, troubles de la personnalité, douleur chronique, ainsi que troubles liés à la consommation d’alcool et d’autres substances (voir le tableau 2 ci-dessous).

Des études ont montré que le PSP présente, au cours de sa vie, une prévalence plus élevée de comportements suicidaires comparativement à la population générale, les hommes ainsi que les personnes plus âgées ou mariées étant moins susceptibles de déclarer de tels comportements. L’âge moyen des 34 personnes décédées par suicide examinées dans le cadre du présent rapport était de 50 ans, et la majorité d’entre elles étaient des hommes. Les membres du PSC et les ambulanciers paramédicaux sont également plus susceptibles de présenter des comportements suicidaires comparativement aux policiers municipaux ou provinciaux. Cela met en évidence la variabilité des risques au sein du personnel de la sécurité publique et des premiers intervenants, laquelle pourrait être liée aux réalités quotidiennes de leur travail.

De nombreux rapports ont souligné l’importance, dans les milieux des services correctionnels, d’intégrer les principes des droits de la personne ainsi que d’assurer des services de santé adéquats aux personnes ayant affaire au système de justice (OMS/ONU). Toutefois, il est tout aussi essentiel de souligner l’importance de la santé et du bien-être du personnel œuvrant au sein des services correctionnels. Le personnel et les personnes ayant affaire au système de justice partagent certaines réalités communes, puisqu’ils évoluent dans le même environnement institutionnel et proviennent souvent des mêmes collectivités et milieux sociaux.

Le système carcéral norvégien propose une approche qui pourrait contribuer à améliorer le bien-être du PSC en appuyant la collaboration entre les gestionnaires et les syndicats des services correctionnels. Les quatre principes directeurs du système norvégien ont été élaborés à la suite de décès de membres du PSC (homicides commis dans l’exercice de leurs fonctions) survenus dans les années 1990 :

  1. Égalité : traitement de toutes les personnes, tant le personnel que les personnes ayant affaire au système de justice, fondé sur l’égalité des droits et un accès équitable aux services, à l’exception des restrictions à la liberté de circulation imposées aux personnes détenues en établissement fermé. Ces dernières peuvent obtenir, après une certaine période, des permissions de sortie temporaires. Si tous sont traités de manière égale et reconnaissent que chacun peut commettre des erreurs de jugement, il devient alors possible de vivre ensemble au sein d’une même collectivité, au bénéfice de tous.
  2. Dignité humaine : ce principe s’applique à toutes les personnes concernées par les services correctionnels, tant les membres du PSC que les personnes ayant affaire au système de justice. Il est difficile, pour les intervenants appelés à s’occuper d’autrui, de ne pas être affectés avec le temps lorsque les personnes dont ils s’occupent ne bénéficient pas des mêmes conditions d’égalité et de dignité.
  3. Normalité : fonctionnement dans un environnement se rapprochant le plus possible des conditions normales de la société. Cela contribuerait à limiter les blessures morales chez le personnel. Il serait également bénéfique que le personnel dispose d’un moment pour assimiler les événements vécus au travail avant de rentrer à la maison, afin de ne pas ramener le poids du travail dans la sphère familiale.
  4. Réadaptation : ce principe repose sur la conviction que les personnes peuvent changer et que les établissements correctionnels œuvrent à la réintégration des individus dans leur collectivité.

Les enseignements tirés de l’examen montrent que le personnel peut ressentir différents degrés d’isolement selon le poste occupé, les règles et procédures opérationnelles plus strictes, la structure hiérarchique, les dynamiques d’équipe, la bureaucratie ainsi que le niveau de contrôle exercé. De plus, la perception qu’a la société des personnes œuvrant dans le domaine des services correctionnels est souvent moins positive que celle associée aux autres membres du PSP.

Le travail dans les établissements correctionnels comporte à la fois des défis physiques et psychologiques. Plusieurs participants ont mentionné la surpopulation dans les établissements, la vétusté des bâtiments ainsi que les préjudices physiques et psychologiques associés aux interactions avec les personnes ayant affaire au système de justice. Certains contributeurs ont également indiqué que les relations entre collègues constituaient une source importante de difficultés. La plupart des participants à l’examen ont fréquemment évoqué l’exposition à des événements préjudiciables sur le plan moral (abordés ci-dessous). Ceux-ci ont décrit un environnement imprévisible marqué par des exigences élevées, un niveau important de responsabilité et un contrôle limité sur leur travail, des facteurs reconnus comme ayant une incidence sur le bien-être du PSC.

Les membres du PSC sont confrontés à des défis et à des risques à différentes étapes de leur parcours professionnel. Les étapes de ce parcours, telles qu’elles sont décrites dans le présent rapport, comprennent notamment :

  • étape préalable à l’affectation, à l’entrevue et à l’évaluation
  • premières années d’emploi (deux premières années)
  • personnel expérimenté (après deux ans)
  • en congé : pour raisons médicales, administratives ou autres
  • retraite, démission et période postérieure au départ à la retraite

Plusieurs recommandations ont été regroupées selon l’étape précise du parcours professionnel des membres du personnel.

La culture organisationnelle est influencée par un ou plusieurs des éléments suivants :

  1. Direction – personnel : processus, politiques et modèles de conduite mis en place par la direction afin d’assurer un milieu de travail sain. Selon la majorité des personnes ayant formulé des commentaires sur ces approches, il s’agit du facteur ayant la plus grande incidence sur le bien-être au sein de l’organisation. La manière dont les dirigeants sont sélectionnés, formés et soutenus a également été identifiée comme un élément pouvant jouer un rôle déterminant dans cette catégorie.
  2. Personnel – direction : activités propres au personnel visant à assurer le bien-être des employés et à contribuer à la résilience organisationnelle. La plupart des participants ont préconisé le respect du nombre d’heures de travail prévues, l’organisation de quarts favorisant une bonne hygiène du sommeil ainsi que d’autres comportements favorables à la santé.
  3. Personnel – personnel : ensemble des mesures de soutien et des services offerts entre collègues, à différents niveaux. Les mécanismes de soutien par les pairs, qu’ils soient formels ou informels, font partie de cette catégorie.

La présence d’une culture de « masculinité toxique » ou de masculinité traditionnelle, ainsi que la coexistence possible d’une tendance à réprimer ses émotions, de l’idée répandue qu’il faut simplement endurer les difficultés, d’une valorisation de l’autonomie et d’une propension à la prise de risques chez le personnel de la sécurité publique et les premiers intervenants, ont été évoquées par de nombreux participants. Le niveau de toxicité entraînant un manque de soutien, des comportements marqués par la honte ou le blâme, ainsi que des sentiments d’isolement chez les membres du PSC, a été décrit comme persistant et s’ajoutant aux dangers quotidiens inhérents à leur environnement de travail. Plusieurs participants ont estimé que des changements systémiques, notamment des réformes du système correctionnel et du système de justice, étaient nécessaires afin d’assurer le bien-être du personnel.

Le PSC, qui fait partie du PSP, est reconnu comme étant exposé à de nombreux événements susceptibles de nuire à sa santé et à son bien-être. Compte tenu des risques particuliers et de la stigmatisation auxquels sont confrontés les membres du personnel autochtones, noirs, racialisés et 2SLGBTQIA+, il est important de favoriser l’utilisation d’un langage inclusif sur les plans du genre et de la diversité raciale, d’offrir des services adaptés ainsi que des formations axées sur la sensibilité culturelle, et d’éliminer, au besoin, les obstacles à l’accès aux soins en collaboration avec les ressources appropriées.

A. Examen des conclusions relatives aux 34 décès par suicide de membres du personnel des services correctionnels

Les systèmes de gestion des cas du Bureau du coroner en chef de l’Ontario et du Service de médecine légale de l’Ontario (BCC-SMLO) ont été consultés afin de recenser les décès par suicide de personnes qui occupaient un poste au sein du PSC, qui étaient en congé de ce poste ou qui avaient pris leur retraite après avoir exercé de telles fonctions. Les renseignements obtenus dans le cadre des enquêtes sur ces décès ont été communiqués sous une forme anonymisée aux personnes participant à l’examen, notamment à des représentants de l’employeur et du personnel, à des fournisseurs de services, à des chercheurs, à des représentants syndicaux, à des intervenants des services provinciaux et gouvernementaux ainsi qu’à d’autres experts du domaine correctionnel. Les catégories de personnel des services correctionnels retenues dans le cadre de l’examen sont les suivantes :

  1. agents des services correctionnels/agents des services aux jeunes
  2. personnel administratif
  3. personnel de gestion – tous les niveaux
  4. agents de probation et de libération conditionnelle/agents de probation pour les jeunes
  5. fournisseurs de services de soins de santé
  6. autre personnel de soutien ou lié aux services

Les 34 décès par suicide de membres du PSC ayant fait l’objet d’une enquête par notre bureau comprennent :

2010-2019 – 17 décès examinés (période de 10 ans)

  • 13 hommes
  • 4 femmes

2020-2024 – 17 décès examinés (période de cinq ans)

  • 14 hommes
  • 3 femmes

L’examen s’est appuyé sur l’analyse de données agrégées anonymisées provenant des 34 décès. Aucun examen individuel approfondi n’a été réalisé. L’âge moyen des personnes décédées était de 50 ans, tant pour les deux périodes étudiées que pour les hommes et les femmes.

(Note : Il est probable que d’autres personnes décédées n’aient pas été incluses dans le présent examen, soit parce que leur profession n’était pas documentée, soit parce que l’enquête sur leur décès n’a pas permis d’établir une conclusion définitive.)

Pour les deux périodes étudiées, les agents des services correctionnels représentaient la majorité des décès par suicide au sein des services correctionnels (SC), bien que plusieurs enquêtes sur les décès n’aient pas permis d’établir précisément les fonctions occupées par les membres du PSC (6 entre 2010 et 2019 et 2 entre 2020 et 2024). Ces données pourraient toutefois avoir été influencées par le fait que les renseignements consignés par le coroner concernant les fonctions exercées au sein des services correctionnels n’étaient pas toujours exacts. La figure 1 résume ces conclusions :

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Figure 1 : Catégorie professionnelle — agents des services correctionnels comparativement aux autres membres du PSC décédés par suicide

La présence d’une note sur les lieux ou d’un message sur le téléphone de la personne décédée est présentée à la figure 2 ci-dessous (dans 4 cas entre 2010 et 2019 et 1 cas entre 2020 et 2024, la présence ou l’absence de ces éléments n’a pas été documentée).

Figure 2 : Nombre de membres du PSC ayant des antécédents de tentative de suicide ainsi qu’une « note » laissée sur les lieux ou sur le téléphone de la personne décédée

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: Nombre de membres du PSC ayant des antécédents de tentative de suicide ainsi qu’une « note » laissée sur les lieux ou sur le téléphone de la personne décédée

Le tableau 1 présente les catégories de causes de décès des 34 personnes concernées. Afin d’assurer la confidentialité, toute catégorie comptant moins de cinq cas est indiquée par la mention « <5 » (soit entre 1 et 4 décès).

Tableau 1 : catégories de causes de décès
Cause du décès2010—20192020—2024
Armes à feu<57
Pendaison/ligature66
Blessure par objet tranchant (couteau)<5<5
Noyade (baignoire, piscine, plan d’eau)<5<5
Intoxication à l’alcool ou aux drogues5<5
Brûlures<50
Traumatisme contondant (chute/collision de véhicule)<50

Le tableau 2 résume la présence de problèmes de santé concomitants et de troubles de santé mentale. Remarque : la durée des diagnostics et des traitements n’était pas connue.

Tableau 2 : Antécédents de troubles liés à la santé mentale chez les membres du PSC, consignés dans le dossier d’enquête
Antécédents de troubles liés à la santé mentale2010—20192020—2024
Trouble dépressif caractérisé1010
Anxiété23
Trouble de stress post-traumatique25
Trouble de la personnalité02
Schizophrénie/trouble bipolaire12
Trouble lié à l’usage d’alcool ou de substances psychoactives35
Invalidité (au moment du décès/antérieure)24
Antécédents de douleur chronique22
Admission récente en établissement psychiatrique34

Les difficultés concomitantes liées à des facteurs professionnels et non professionnels comprenaient notamment :

Difficultés propres au travail :

  • emploi antérieur dans le domaine du personnel de la sécurité publique (souvent dans les services policiers ou les forces armées)
  • perte d’emploi, absence du travail ou congé lié à une invalidité
  • mutations liées au travail
  • exposition à des situations traumatisantes (agression physique ou traumatisme lié au fait d’avoir été témoin d’un événement)
  • témoignages liés au travail dans le cadre de procédures judiciaires ou d’enquêtes du coroner
  • stigmatisation ou autres répercussions liées aux perceptions du public et des médias à l’égard du personnel ou des établissements

Difficultés externes (non liées au travail) :

  • séparation conjugale ou relationnelle/conflits relationnels importants
  • événements personnels ou interpersonnels éprouvants
  • déménagements personnels
  • départ à la retraite
  • perte d’un parent, d’un conjoint, d’un frère ou d’une sœur, d’un enfant ou d’une autre personne importante
  • intervention policière ou accusations non liées au travail

B. Blessure morale

Dans un rapport publié en 2024, Ricciardelli et coll. ont examiné la détresse morale et les blessures morales chez les travailleurs des services correctionnels. Les chercheurs expliquent que la détresse morale (bien qu’elle ne figure pas officiellement dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5-TR) en psychiatrie, est décrite dans la plus récente version comme un « malaise psychologique ». Elle survient lorsqu’une personne est tenue d’agir, dans le cadre de son travail, d’une manière qui ne correspond pas à ses valeurs éthiques ou morales personnelles. La détresse morale peut entraîner des préjudices pour les personnes qui participent à des actions allant à l’encontre de leurs propres convictions morales ou qui sont incapables de les empêcher, ainsi que pour celles qui ressentent une forme de trahison de la part d’une autorité légitime dans un contexte à haut risque. Les membres du PSC peuvent notamment être témoins ou exposés, directement ou indirectement, à la violence en milieu de travail, à la mort et à la surpopulation dans des cellules exiguës. L’incidence des pratiques, des politiques et du discours institutionnels est reconnue comme un facteur pouvant contribuer aux blessures morales et à d’autres préjudices. L’étude de Ricciardelli a permis de cerner trois domaines possibles de préjudice moral chez les agents des services correctionnels travaillant en établissement correctionnel :

  1. Réadaptation : les agents des services correctionnels peuvent s’interroger sur l’ampleur de la réadaptation offerte aux personnes dont ils ont la charge, sur la réalité des démarches entreprises, ainsi que sur leur efficacité et leurs répercussions.
  2. Protection de la société : les agents des services correctionnels sont touchés par la surpopulation ainsi que par les limites du soutien offert, dans le cadre du système de justice, aux personnes ayant affaire au système de justice, lesquelles peuvent elles aussi avoir besoin de protection.
  3. Punition : les agents des services correctionnels et les autres employés ne sont pas censés porter de jugement. Toutefois, ils sont conscients des conditions de vie difficiles qui existent, assurent la sécurité dans un environnement exigeant et constatent que certains comportements au sein de l’établissement, notamment les actes de violence, entraînent des conséquences limitées alors qu’ils ne seraient pas tolérés dans d’autres milieux.

Des blessures peuvent survenir lorsque les effets de ces événements ne sont ni reconnus ni pris en charge adéquatement, ce qui peut aggraver la détresse qui en découle. Les blessures morales peuvent notamment entraîner les conséquences suivantes :

  • trouble de stress post-traumatique
  • dépendances – alcool, troubles liés à l’usage de substances, autres comportements addictifs
  • répercussions sociales – conflits interpersonnels, répercussions spirituelles ou culturelles
  • troubles de l’humeur et d’anxiété

Le tableau 2 (ci-dessus) indique que ces quatre problèmes étaient présents chez les 34 personnes examinées.

Dans une étude récente menée par Ricciardelli et coll. sur la santé mentale et les expériences professionnelles du personnel de gestion en établissement, une forte prévalence de ces troubles de santé mentale (56 %) a été observée, et le tiers des participants ont déclaré avoir déjà eu des idées suicidaires. L’étude a également révélé que plusieurs participants n’avaient pas recours aux services de soutien, ce qui souligne la nécessité de renforcer cet aspect du milieu de travail.

Les résultats d’un sondage sur le stress professionnel mené en 2017-2018 auprès du PSC en Ontario ont permis de dégager plusieurs difficultés vécues par le personnel :

  • 7 % des répondants ont déclaré avoir eu des idées suicidaires au cours de l’année précédente, comparativement à 2,5 % dans la population générale.
  • 2,6 % ont déclaré avoir eu des pensées suicidaires avec planification au cours de l’année précédente
  • 26,6 % ont déclaré avoir eu des idées suicidaires au cours de leur vie, comparativement à 11,8 % dans la population générale
  • 11,9 % ont déclaré avoir eu des pensées suicidaires avec planification au cours de leur vie, comparativement à 4 % dans la population générale
Tableau 3 : Taux de prévalence des troubles de santé mentale chez les employés du personnel des services correctionnels provinciaux (Sondage sur les blessures de stress opérationnel, 2017-2018)
Troubles de santé mentaleEnsemble du personnelAgents correctionnelsAgents de probationPersonnel administratif
Répondant aux critères de dépistage d’au moins un trouble mental58,2 %59 %63,2 %52 %
Trouble dépressif majeur37 %39,7 %37,4 %40 %
Trouble d’anxiété généralisée30,5 %32 %33,1 %23,3 %
Trouble de stress post-traumatique30,7 %34,2 %25,5 %30 %

Chacun de ces troubles peut se manifester par une variété de signes et de symptômes qui, s’ils sont détectés à un stade précoce, pourraient permettre une intervention plus rapide afin de réduire leur progression ou leur gravité. Plusieurs des recommandations élaborées orientent les efforts visant à prévenir ou à limiter les préjudices.

Les considérations suivantes portent sur la reconnaissance et la réduction de l’incidence des blessures morales et d’autres préjudices, et éclairent certaines des recommandations :

  1. Sensibiliser le personnel occupant un poste dans les SC au vocabulaire lié aux risques pour la santé mentale, aux moyens de les reconnaître rapidement et de les prendre en charge, ainsi qu’aux signes et symptômes préoccupants. Cela permettrait à l’ensemble du personnel de disposer d’outils de base pour assurer son propre bien-être, tout en étant en mesure de reconnaître les difficultés vécues par leurs collègues, d’en parler et de leur offrir du soutien au besoin.
  2. Informer le personnel et la société de la nature, de l’origine et des répercussions de la détresse morale et des blessures morales, ainsi qu’aux moyens de les reconnaître rapidement et d’y répondre.
  3. Importance de bien comprendre les rôles et les limites du personnel et des autres intervenants en matière d’éducation, de reconnaissance des symptômes et des risques, d’accès aux ressources et de mesures de soutien institutionnel.
  4. Importance d’un soutien et d’une compréhension de la part de la société afin d’assurer une protection adéquate des membres du PSC, une meilleure compréhension de leur réalité ainsi que l’accès aux interventions thérapeutiques nécessaires.
  5. Prise en charge des complications sociales et médicales, notamment grâce à des professionnels cliniques adéquatement formés, à des mesures de soutien social destinées aux employés ainsi qu’à leurs familles et proches, et à des programmes visant à favoriser l’apprentissage, le développement personnel et le renforcement des compétences nécessaires pour composer avec tout type de traumatisme (psychologique, social, moral, physique ou autre).
  6. Poursuite de la recherche à mesure que davantage de données deviennent disponibles sur ces processus, y compris sur les programmes et les mesures de soutien en matière de postvention à la suite d’un décès par suicide d’un membre du personnel.

L’importance de ces considérations a été soulignée dans le contexte des professions de la sécurité publique, notamment chez les membres du PSC, ce qui réaffirme la nécessité d’une détection précoce et d’une prise en charge des problèmes de santé physique et mentale, ainsi que des dépendances. Les taux de suicide chez le personnel de la sécurité publique ont augmenté aux États-Unis entre 2001 et 2021. De plus, la majorité des décès par suicide surviennent lors d’une première tentative (79 %), ce qui souligne l’importance d’une détection et d’une prise en charge précoces. Au cours de l’examen, il a été rapporté que l’exposition quotidienne à des événements traumatisants et à des événements moralement préjudiciables entretient un cycle continu de stress au travail et favorise l’apparition et le maintien de comportements liés à la dépendance.

La prise en compte de la blessure morale dans les diagnostics de santé mentale de la plus récente version du DSM pourrait contribuer à rendre les approches thérapeutiques plus sensibles à ses répercussions et à la nécessité d’une prise en charge adaptée.

Un sondage mené auprès du PSC à Terre-Neuve-et-Labrador a mis en évidence une prévalence préoccupante de divers problèmes de santé.

  • Près de 50 % des personnes interrogées répondaient aux critères de dépistage pour au moins un des troubles suivants : trouble de stress post-traumatique (TSPT), dépression, anxiété et/ou trouble lié à l’usage de l’alcool
  • Les personnes interrogées ont déclaré avoir été exposées à au moins un « événement potentiellement traumatisant sur le plan psychologique » (ÉPTP) :
    • exposition à des agressions physiques (87,2 %), y compris à l’aide d’une arme (78,6 %)
    • exposition à un décès soudain attribuable à la violence (85,7 %)
    • exposition à un décès accidentel (77,4 %)
    • exposition à un langage offensant, à des crises de santé mentale (dans les deux cas >90 %)
    • sentiment d’insécurité au travail
    • répercussions des problèmes de santé mentale sur la vie quotidienne

De plus, dans un rapport de Ricciardelli et coll portant sur le PSC à l’échelle provinciale et territoriale, les acteurs indiquaient que :

  • 58 % des membres du PSC dépistés présentaient au moins un trouble de santé mentale, le trouble dépressif majeur étant le plus fréquent.
  • La prévalence variait d’une province et d’un territoire à l’autre, le risque le plus élevé étant observé chez les agents des services correctionnels.

Il est ressorti des recherches, des participants à l’examen, des experts en blessures morales, des membres actuels et anciens du PSC, ainsi que de leurs réseaux de soutien, que les événements potentiellement traumatisants sur le plan psychologique font partie intégrante du quotidien des services correctionnels.

Le soutien de la direction a été présenté comme un élément essentiel à la santé du personnel des services correctionnels, contribuant à limiter et à prévenir les effets des blessures morales en milieu de travail. Le fait d’être écouté, compris et valorisé contribue grandement au maintien du bien-être et à la prévention des problèmes de santé. À l’inverse, un sentiment de trahison de la part des collègues et de la direction a été signalé par de nombreuses familles ayant participé à cet examen.

C. Traumatisme du sanctuaire

Le traumatisme du sanctuaire, tel que défini par le Dr Steven Silver, désigne le traumatisme qui « se produit lorsqu’une personne a fait face à un facteur de stress grave et se retrouve ensuite devant ce qui devait être un environnement de soutien et de protection et découvre seulement davantage de traumatismes ». Les participants à l’examen ont décrit le traumatisme du sanctuaire vécu par les membres du personnel des services correctionnels, particulièrement lors des analyses d’incidents ou au moment de demander de l’aide ou du soutien. Selon plusieurs participants, on s’attend à ce que les membres du PSC soient capables de faire face à toutes les situations rencontrées et de « simplement faire leur travail ». L’augmentation de la surveillance, des plaintes et des interactions difficiles avec le public à l’égard du personnel des services correctionnels pourrait contribuer à ce type de traumatisme. L’importance d’un cadre d’analyse et d’intervention en matière d’incidents fondé sur des principes tenant compte des traumatismes a également été reconnue. Cette approche laisse entendre qu’une adaptation des méthodes utilisées pour gérer les accidents ou les événements indésirables pourrait être bénéfique.

D. Facteurs de protection

Les facteurs et mécanismes de protection potentiels relevés au cours de l’examen comprennent notamment :

  • Des pratiques d’emploi intégrées, fondées sur une approche tenant compte des traumatismes, allant de l’embauche jusqu’à la retraite et favorisant la reconnaissance, l’avancement professionnel, le soutien par les pairs, le mentorat, ainsi que la formation continue et la mise en œuvre de pratiques exemplaires.
  • Des lignes directrices claires et complètes en milieu de travail, ainsi que du matériel de formation portant sur les analyses d’incidents, les processus liés à la sécurité, les possibilités de formation, l’identification des risques et les autres processus de gestion connexes.
  • Des mesures de soutien offertes à toutes les étapes du parcours professionnel afin de sensibiliser et de former le personnel à reconnaître et à surveiller rapidement les problèmes, à avoir recours en temps opportun aux ressources de traitement appropriées, ainsi qu’à favoriser le rétablissement et le retour au travail, selon les besoins. À titre d’exemple, le programme Résilience à la suite d’un traumatisme de Wounded Warriors Canada (formation des formateurs), adopté pour la première fois par le Service correctionnel du Canada dans les établissements de Collins Bay, Millhaven et Bath, sera offert dans tous les établissements fédéraux et provinciaux en 2026.
  • Les personnes présentant des comportements liés à la dépendance associés à leur emploi dans les services correctionnels ou aggravés par celui-ci, notamment en matière d’alcool, de drogues, de jeu, d’exercice ou de dépendances sexuelles, devraient avoir accès à des traitements confidentiels, appropriés et accessibles en temps opportun. Les options actuellement offertes ont été décrites comme étant difficiles d’accès.
  • L’importance de donner l’exemple par des comportements appropriés a également été soulignée. Les participants ont aussi insisté sur la nécessité de pouvoir compter sur des soutiens personnels adéquats et accessibles auprès d’un collègue formé, ainsi que sur la présence de membres de la direction formés et en mesure d’offrir du soutien dans les différents milieux de travail, tout en assurant la confidentialité. Selon plusieurs participants, cette approche est particulièrement efficace lorsqu’elle est intégrée aux processus de direction – personnel.
  • Des environnements de travail favorisant des interactions positives au sein des équipes, ainsi que des programmes de formation portant à la fois sur le travail et la vie personnelle (santé, finances et autres programmes de soutien social, notamment en matière de dépendance).
  • Des environnements et des processus de travail favorisant un milieu de travail sain dans une perspective de mieux-être holistique, afin d’assurer une bonne qualité de vie au travail, y compris le bien-être physique, social, financier et culturel.
  • Reconnaître, tant à l’interne qu’à l’externe, que les personnes œuvrant dans les services correctionnels sont des personnes engagées et bienveillantes qui assurent un service essentiel à la société.

Lors d’une audience du Comité permanent de la santé de la Chambre des communes tenue le 16 mai 2017, le Dr J. Sareen a indiqué que parmi les facteurs de risque du TSPT et de la dépression, on identifiait notamment les traumatismes vécus durant l’enfance, un faible soutien social, le fait d’être une femme, la pauvreté, ainsi que les agressions physiques, les blessures et les traumatismes cérébraux. Selon le Dr Sareen, les facteurs de protection comprennent entre autres la présence d’un soutien social, un niveau plus élevé de formation et d’éducation, ainsi que des liens et des réseaux communautaires plus solides. Les participants à l’examen ont indiqué que la présence de ces facteurs de risque peut contribuer à accentuer la stigmatisation des membres du PSC. La réticence à demander de l’aide ou du soutien découle souvent de la crainte de possibles répercussions, ce qui peut retarder une intervention précoce. Plusieurs participants ont mentionné l’expression courante selon laquelle « il n’y a pas de place pour les émotions dans les services correctionnels », associée à une culture de « masculinité toxique ». La perception selon laquelle les vulnérabilités constituent des faiblesses doit être repensée afin de reconnaître qu’elles peuvent plutôt révéler un besoin de soutien.

Une autre ressource fréquemment mentionnée est le rapport du Département de la Force aérienne des États-Unis intitulé « Total Force DAF Standardized Suicide Fatality Analysis », publié en 2023. Ce rapport met en évidence quatre grandes catégories contribuant au risque de suicide chez ses membres : les facteurs sociétaux, organisationnels, relationnels (notamment les relations entre collègues ainsi qu’entre les membres du PSC et les personnes extérieures à ce milieu) et individuels (santé mentale et physique, sommeil, dépendances, autres). Ces catégories soulignent l’importance des approches direction-personnel, personnel-direction et personnel-personnel, ainsi que leurs répercussions possibles.

De nombreux participants à l’examen ont insisté sur l’importance de la formation et d’intégration en personne. Suivre une formation en présence permettant de découvrir les « images, les sons et les odeurs de l’environnement » a été considéré comme essentiel, tout comme le développement de soutiens sociaux et de réseaux entre les participants à la formation. Selon plusieurs participants, les formations virtuelles suivies de façon autonome peuvent nuire à une compréhension globale des réalités humaines liées au travail. La mise en place de formations offertes directement en établissement aux agents des services correctionnels témoigne de l’importance accordée à cette approche. Cette formule permet aux nouvelles recrues de se familiariser avec leur milieu de travail et peut contribuer à démystifier certaines perceptions qu’elles entretiennent avant leur entrée en fonction.

L’examen a mis en évidence les avantages d’offrir à l’ensemble du personnel une formation sur la gestion des événements quotidiens liés au stress, notamment au moyen de techniques physiques comme les exercices de respiration, en complément des compétences d’intervention déjà acquises (par exemple dans le cadre de la formation sur le recours à la force). L’importance de la formation en gestion de crise a également été soulignée, tout comme la nécessité de délaisser les attitudes permissives à l’égard du suicide pour le considérer comme un « comportement injustifié ».

Pour qu’une formation soit efficace, il est essentiel que les personnes travaillant dans un environnement correctionnel disposent des connaissances nécessaires pour reconnaître les signes de détresse chez elles-mêmes et chez leurs collègues. La formation et le développement des compétences devraient également inclure les membres de la famille ou les proches désignés par l’employé. Le recours aux services de santé doit être normalisé et soutenu au sein du personnel. Il est également important que les soins soient fournis par des professionnels de confiance possédant une connaissance et une expérience du milieu correctionnel. Une participation active de l’employé au sein d’un cercle de soins bien informé contribuerait vraisemblablement à de meilleurs résultats.

La gestion des événements indésirables ou des erreurs pouvant survenir dans le cadre du travail a été reconnue comme un défi au cours de l’examen. L’examen a mis en évidence l’absence d’une culture d’ouverture favorisant l’identification et l’analyse des erreurs dans une perspective d’amélioration et de prévention. Des préoccupations ont également été soulevées quant à une culture d’analyse davantage axée sur les conséquences que sur la prise en compte du contexte, des facteurs environnementaux et des autres éléments contributifs. La tendance perçue à privilégier l’identification des erreurs et l’attribution du blâme, plutôt qu’à reconnaître que les employés travaillent dans des situations exigeantes nécessitant des décisions difficiles, a été fréquemment mentionnée. L’importance de documenter et de gérer les situations nécessitant des mesures disciplinaires n’a toutefois pas été remise en question. De nombreux participants ont reconnu l’importance de favoriser un environnement empreint de bienveillance, dès le premier jour de formation et tout au long de l’emploi, comme objectif essentiel pour les membres du PSC. Cet objectif peut être atteint, et l’est d’ailleurs souvent, grâce à une communication ouverte, directe et sans jugement, à l’analyse des incidents ainsi qu’aux apprentissages qui en découlent.

La sécurité psychologique du personnel du système de justice pénale a fait l’objet d’études qui ont souligné l’importance de lutter contre la stigmatisation, de favoriser les comportements de recherche d’aide et de préparer les employés à des évènements potentiellement traumatisants au moyen d’approches adaptées aux réalités culturelles. Cette étude a également mis en évidence l’importance d’améliorer la santé physique et les habitudes de vie, de renforcer le soutien par les pairs ainsi que d’améliorer les conditions de travail et la sécurité.

L’examen a identifié que la protection de la vie privée constituait un enjeu important. Selon les renseignements recueillis, les membres du personnel des services correctionnels hésitent souvent à avoir recours aux mesures de soutien organisationnelles, comme la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail, par crainte que l’information soit communiquée à la direction ou que leurs collègues en soient informés. Ils estiment que le fait de demander de l’aide pourrait influencer la façon dont ils sont perçus. Cette situation est particulièrement présente dans les établissements de petite taille et les petites collectivités, où l’anonymat peut être plus difficile à préserver. La nécessité d’offrir une formation régulière, des évaluations en santé mentale réalisées par des professionnels qualifiés, le respect de la confidentialité ainsi qu’un climat de travail et une collégialité renforcés chez les membres du personnel des services correctionnels en Ontario a déjà été documentée et se reflète dans les recommandations.

Le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail (CCHST) a élaboré une approche de réduction des risques professionnels liés aux matières dangereuses intitulée « Danger et risque - Hiérarchie des mesures de contrôle ». Les principales catégories de cette approche pourraient également être appliquées dans les services correctionnels afin de réduire les risques auxquels sont exposés les membres du PSC. Ces catégories sont classées par ordre décroissant d’efficacité :

  1. élimination : suppression d’un danger
  2. substitution : remplacement du danger par un autre présentant un risque moindre (semblable aux principes de réduction des méfaits)
  3. mesures d’ingénierie : contrôles précis utilisés lorsque le danger survient afin d’en réduire les répercussions (comme le débreffage ou les interventions en situation de crise)
  4. mesures administratives : systèmes de travail mis en place afin de prévenir le plus grand nombre possible de risques
  5. équipement de protection individuelle (EPI) : bien que l’EPI soit généralement associé à la protection physique, il peut également être interprété comme incluant des barrières physiques et émotionnelles visant à limiter ou à prévenir l’exposition des membres du PSC aux divers préjudices auxquels ils peuvent être exposés

La connaissance de ces mesures de contrôle visant à réduire les dangers en milieu de travail pour les membres du PSC peut être utile. Le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail fournit également des renseignements sur la santé et la sécurité psychologiques relativement à plusieurs des enjeux en milieu de travail relevés au cours de l’examen.

E. Services actuellement offerts aux membres du personnel des services correctionnels

1. Programme d’aide aux employés et à la famille 

Le principal programme de soutien en santé mentale offert par la fonction publique de l’Ontario aux employés et aux personnes à charge admissibles est le Programme d’aide aux employés et à la famille (PAEF). Offert par l’entremise de fournisseurs externes, le PAEF comprend des ressources, des services de consultation et divers programmes. Plusieurs participants à l’examen ont indiqué que, malgré la disponibilité des services en tout temps, les conseillers disposent souvent de compétences et d’une expérience limitées pour répondre aux défis et aux réalités propres aux membres du PSC. Les membres du PSC se retrouvaient donc fréquemment à devoir expliquer leurs conditions de travail en détail, ce qui pouvait également être traumatisant pour les personnes chargées du soutien dans le cadre du PAEF. Cette situation contribue à la réticence des membres du PSC à avoir recours au PAEF, particulièrement pour des préoccupations ou des enjeux liés au travail.

Des préoccupations ont été soulevées concernant la confidentialité du PAEF et la possibilité que l’employeur soit informé du recours à ce programme. Des difficultés liées au fonctionnement du PAEF ont également été mentionnées, ce qui ajoute un obstacle perçu à l’accès aux services. Le processus, depuis la transmission des renseignements initiaux jusqu’à l’attribution d’une personne-ressource, ne semblait pas être géré de manière uniforme. Cette situation a été identifiée comme un obstacle pouvant décourager certains membres du PSC d’avoir recours à ces services.

2. Services de soutien par les pairs

Les services de soutien par les pairs sont offerts à la fois à l’interne et par des fournisseurs de services externes. Le partage d’expériences entre pairs permet notamment aux participants de se sentir compris et soutenus, tout en contribuant à réduire les sentiments d’isolement. Ces programmes pourraient également aider à répondre aux défis suivants :

  • les préoccupations liées à la confidentialité des échanges et à la possibilité que la direction soit informée
  • la méfiance des membres du PSC envers l’organisation, ainsi que la manière dont les renseignements partagés pourraient influencer la perception de l’employé concerné et celle de ses collègues
  • lanécessité de veiller à ce que l’équipe de soutien par les pairs soit composée des personnes appropriées, possiblement désignées par leurs pairs

La prestation de services de gestion du stress lié aux incidents critiques (GSIC), assurés par une personne possédant une formation clinique adéquate, a été décrite comme bénéfique pour accroître les possibilités d’offrir des soutiens tenant compte des traumatismes en milieu institutionnel lors d’événements tels que le suicide d’un membre du PSC. Les intervenants en GSIC se déplacent sur les lieux d’événements nécessitant une prise en charge et un débreffage. Cette approche a été jugée bénéfique pour accroître les possibilités d’offrir des mesures de soutien tenant compte des traumatismes en milieu institutionnel lors d’événements tels que le suicide d’un membre du PSC. Parmi les incidents auxquels la GSIC pourrait répondre figurent les décès en détention, les agressions envers le personnel et les émeutes. Selon certains participants, le personnel en établissement est généralement dirigé vers ces services, tandis que les membres du PSC en milieu communautaire (probation/libération conditionnelle) ont davantage tendance à y avoir recours de leur propre initiative. L’utilisation d’une approche de GSIC fondée sur l’aide, la stabilisation et la collecte d’information sur l’événement pourrait contribuer à assurer la sécurité psychologique des membres du PSC. Cette approche est offerte dans le système correctionnel fédéral ainsi qu’au Ministère des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires (MSESC)/Division de la justice pour la jeunesse. Les établissements provinciaux pour adultes ont plutôt adopté un système de soutien par les pairs.

3. Formation

Au cours des dernières années, un certain nombre d’initiatives ont été mises en place dans les services correctionnels, notamment safeTALK (formation visant à permettre au personnel de reconnaître les personnes à risque de suicide et de leur offrir de l’aide), BOS (Before Operational Stress — visant à aider le personnel de la sécurité publique à gérer le stress opérationnel) et Formation appliquée en techniques d’intervention face au suicide (FATIS). Le ministère du Solliciteur général a mis en œuvre safeTALK et prévoit mettre en œuvre, à compter de l’an prochain (2026), une formation obligatoire BOS d’une durée de huit semaines, ainsi que FATIS et d’autres programmes. Des tables conjointes réunissant les syndicats et la direction, à l’échelle provinciale et fédérale, ont contribué à la prestation de programmes et de services de formation destinés aux membres du PSC. Le rôle de la direction dans l’évolution de la culture organisationnelle a également été reconnu comme essentiel.

Tableau 4 : Cadre d’apprentissage en matière de bien-être du personnel des services correctionnels du ministère du Solliciteur général (SOLGEN), présentant les formations actuellement offertes aux membres du PSC du ministère du Solliciteur général.

Nouvelles recrues

Before Operational Stress    
virtuelle, 8 heures

Ensemble du PSC (gestion et personnel syndiqué)

Formation Bâtir sa résilience face aux traumatismes
en personne, 90 minutes (formation obligatoire)

Système de formation sur la résilience au stress
virtuelle, 20 heures

Initiative de prévention du suicide chez les employés : safeTALK
en personne, 3 heures (formation obligatoire)

ESPI : Formation appliquée en techniques d’intervention face au suicide 
formation prévue ultérieurement

Programme de bien-être et de résilience fondé sur la pleine conscience
virtuelle, 11 heures
en personne, 32 heures à 72 heures

Personnel de gestion

Parcours de certification Leadership en santé mentale au travail
en personne, 1 semaine

Programme de certification Leadership en santé mentale au travail
en personne, 14,5 heures